Crèche de Bruxelles : quand l’effacement des visages touche aussi ceux qui ne croient pas

Je ne suis pas croyant. Et pourtant, j’ai été profondément choqué par le choix opéré dans la crèche de Bruxelles : remplacer les visages de Jésus, Marie et Joseph par de simples carrés de tissus multicolores.

Ce n’est pas la foi qui parle en moi, mais quelque chose de plus subtil, de plus intime : un lien à des symboles qui appartiennent à mon histoire culturelle, à mes racines, à une identité forgée dans un cadre de référence qui m’a accompagné depuis l’enfance.

Être non-croyant ne signifie pas être déraciné

Pour des non-croyants comme moi, la religion n’est pas d’abord un acte de foi. C’est un paysage mental, une grammaire culturelle, un ensemble de récits qui structurent nos représentations du monde.

On peut ne pas croire en Dieu et être attaché à ce que son image a construit dans nos imaginaires.

On peut ne jamais entrer dans une église et pourtant se sentir touché quand on altère ce qui, depuis des siècles, fait partie de notre décor symbolique commun.

Une culture menacée d’uniformisation

Nous vivons à une époque où nos cultures locales sont fragilisées, parfois éclipsées par une culture mondiale uniforme, où les différences se dissolvent dans une neutralité lisse. Dans ce contexte, décider d’effacer les visages d’une crèche — symbole profondément ancré dans notre histoire locale — revient paradoxalement à produire ce que les défenseurs du multiculturalisme tentent d’éviter : une diversité qui s’uniformise jusqu’à ne plus rien distinguer.

Car une diversité qui gomme ses propres racines ne célèbre plus rien : elle se dissout.

La différence est une richesse, pas un prétexte pour masquer les symboles

Oui, nous sommes tous différents, et cette différence est une richesse à protéger. Oui, toutes les différences sont bienvenues dans un monde qui exclut encore trop souvent l’autre.

Mais le respect de la diversité ne doit jamais devenir l’obligation de cacher ses propres racines.

Accepter ce que nous sommes, ce qui nous a construits, n’est pas rejeter l’autre.

C’est au contraire reconnaître que le monde est plus beau lorsqu’il est contrasté, lorsqu’il laisse s’exprimer des identités multiples plutôt que de les fondre en un symbole unique, même s’il se veut généreux.

Quand la bonne intention devient maladresse

Remplacer des visages vieux de deux mille ans par des carrés de tissus colorés, c’est sans doute un geste pensé comme inclusif. Mais c’est aussi un geste qui manque sa cible.

Cette substitution offre un symbole de diversité… au prix d’un effacement des symboles qui nous ont construits.

C’est un geste maladroit, parce qu’il réduit la complexité d’une culture à une image simplifiée.

Et, ce faisant, il prive croyants et non-croyants d’un repère symbolique qui avait sa raison d’être.

Des figures qui font penser, même sans croire

Je ne suis pas chrétien. Mais Jésus, Marie, Joseph comme Abraham ou Mahomet, sont des figures auxquelles je suis attaché. Pas pour ce qu’elles exigeraient de moi en termes de croyance, mais pour ce qu’elles m’offrent en termes de pensée : des histoires, des questions, des symboles à interpréter.

Leurs visages représentent des siècles de culture, de débats, de sens.

Les remplacer par des formes géométriques revient à appauvrir ce champ symbolique, au moment même où nos sociétés ont désespérément besoin de sens.

Cultiver les symboles pour vivre ensemble

Dans un monde en quête de sens, le symbole est un outil précieux. Il n’impose rien : il invite, il ouvre, il interroge.

Il nous relie à une mémoire commune tout en laissant place à l’interprétation personnelle.

Effacer ces symboles ne crée pas un monde plus inclusif.

Cela crée un monde plus pauvre.

C’est dans l’acceptation apaisée de nos différences, toutes nos différences, y compris celles qui nous relient à nos racines, que nous pourrons espérer une société plus harmonieuse, plus équilibrée, plus pacifiée.

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