À partir de la rentrée 2026-2027, les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles auront droit à deux heures hebdomadaires consacrées au numérique. Une évolution structurelle du système éducatif, qui traduit une prise de conscience : former des citoyens aujourd’hui, c’est aussi les préparer à naviguer dans un environnement digital complexe, parfois déroutant.

Dans ce contexte, l’ASBL Citoyens Numériques entend se positionner comme un acteur de référence. L’association annonce un partenariat avec le réseau québécois RÉCIT, spécialisé dans la formation des enseignants.

Un retard à combler, une expérience à importer

Le contraste est frappant. Là où la Fédération Wallonie-Bruxelles s’apprête à intégrer pleinement le numérique dans ses programmes, le Québec a déjà franchi le pas depuis plusieurs années.

Depuis plus de quatre ans, les autorités québécoises ont structuré une véritable éducation à la citoyenneté numérique. Les enseignants y sont formés à des enjeux devenus incontournables : esprit critique face à l’information, compréhension des mécanismes algorithmiques, lutte contre la désinformation ou encore encadrement de l’intelligence artificielle.

« Nous ne partons pas de zéro, mais nous devons accélérer », résume-t-on du côté de Citoyens Numériques. L’idée est simple : capitaliser sur une expérience déjà éprouvée plutôt que réinventer entièrement les contenus.

Former ceux qui formeront

Le partenariat avec le RÉCIT se concrétise immédiatement par un objectif opérationnel : constituer un réseau de formateurs capables de déployer ces compétences sur le terrain.

Citoyens Numériques lance ainsi un appel à candidatures pour former une première vague de formateurs certifiés. Particularité du dispositif : la formation sera assurée directement par des experts québécois, en ligne.

Quatre sessions sont prévues entre le 22 mai et le 12 juin 2026, à raison d’un après-midi par semaine. À la clé, un certificat conjoint RÉCIT / Citoyens Numériques, mais aussi une possibilité d’intégrer ensuite le réseau de formateurs de l’association.

Un élément non négligeable : ces interventions seront rémunérées, autour de 100 euros de l’heure.

Comprendre plutôt que subir le numérique

Au cœur de la formation, une conviction : le numérique ne peut plus être abordé uniquement sous l’angle technique.

Les modules proposés s’attaquent à des enjeux de fond. Les biais cognitifs, par exemple, sont analysés comme des mécanismes naturels du cerveau, amplifiés par les réseaux sociaux et les systèmes de recommandation. La polarisation et le complotisme sont abordés sans stigmatisation, comme des phénomènes à comprendre pour mieux les désamorcer.

La pensée critique est présentée comme une compétence centrale, presque une condition de survie dans un environnement saturé d’informations. Quant à l’intelligence artificielle générative, elle est abordée à la fois comme un outil pédagogique et comme un objet de vigilance.

L’objectif n’est pas de produire des experts techniques, mais de former des enseignants capables de créer du recul, du discernement et du dialogue en classe.

Un enjeu qui dépasse l’école

Derrière cette réforme se joue une question plus large que celle des programmes scolaires. C’est le rapport des individus à l’information, à la vérité et au débat public qui est en jeu.

Dans un environnement où les contenus circulent sans filtre, où les émotions priment souvent sur les faits, et où les algorithmes influencent les perceptions, l’école apparaît comme un des derniers espaces structurés pour apprendre à penser.

L’introduction de deux heures de numérique constitue une réponse institutionnelle. Le partenariat avec le Québec, lui, apporte une dimension pragmatique : celle de l’expérience.

Reste désormais à transformer l’essai. Car entre l’annonce politique et la réalité des classes, c’est bien la formation des enseignants qui fera la différence.

 

👉 Les candidatures pour devenir formateur sont ouvertes via :

https://citoyensnumeriques.be/candidature-formation/

Actualités récentes

Privacy Preference Center