2026, le temps de la résistance lucide face au chaos du monde

Ma génération n’a jamais connu un monde aussi chaotique.

Les crises se succèdent sans se ressembler, mais elles ont un point commun : chacune élève un peu plus le niveau de tension ressenti, individuel et collectif. Économique, géopolitique, climatique, technologique, démocratique, tout semble s’entrecroiser, s’accélérer, se durcir.

Il serait malhonnête de prétendre que cette évolution ne nous dépasse pas.

Celles et ceux qui affirment le contraire s’installent dans une illusion dangereuse, celle de croire que la complexité peut être niée, que les rapports de force peuvent être ignorés, que l’Histoire se serait figée à notre avantage.

Nous ressentons tous cette impression étrange, celle d’une corde qui nous échappe, qui glisse trop vite et nous brûle les doigts.

La douleur est réelle. Et face à elle, la tentation est grande de lâcher prise. De se résigner. De se convaincre que tout est écrit, que tout est perdu, ou au contraire que tout serait définitivement acquis.

Entre résignation et action, le choix décisif de 2026

C’est précisément là que se jouera 2026.

Dans cette balance fragile entre résignation et action.

À bien des égards, les moments que nous vivons interrogent notre regard sur l’Histoire.

Ils nous obligent à repenser la manière dont nous jugeons nos ancêtres lorsqu’ils ont été confrontés à des temps troublés. Des moments où la démocratie, fragilisée par le contexte, est devenue le berceau confortable du pire de la nature humaine.

La tentation du renoncement dans un monde qui s’emballe

Sommes-nous revenu dans les années 1930 ?

Peut-être. Ou peut-être pas.

Mais une chose est certaine : il ne peut y avoir de fatalité.

La résignation, qu’elle prenne la forme de la lassitude, de la paresse intellectuelle ou de l’illusion que tout est définitivement acquis, ne peut pas être une option. Elle est le terreau silencieux des renoncements collectifs.

Résister sans illusion mais sans fatalité

Résister, comme d’autres avant nous.

Non pas dans une posture héroïque ou incantatoire, mais dans une résistance lucide, patiente et déterminée.

Résister, c’est agir contre le cours apparent des choses.

C’est comprendre l’inertie d’un phénomène, en analyser les mécanismes, chercher à le ralentir, le stopper, parfois l’inverser. C’est accepter que lutter contre la force du vent donne souvent une impression d’impossible, mais refuser pour autant de s’asseoir et d’attendre qu’il nous emporte.

Cette résistance devra aussi se jouer là où se forgent désormais une grande partie des perceptions, des colères et des renoncements collectifs, sur les réseaux.

Réapprendre le temps long, d’abord.

Refuser l’instantanéité permanente, le commentaire à chaud, l’obligation de réagir avant même d’avoir compris. Prendre le temps de lire un texte entier, d’écouter un raisonnement jusqu’au bout, de laisser une idée infuser avant de la relayer. Sur les réseaux, résister commence souvent par ralentir.

Ne pas accepter les simplismes ensuite.

Refuser les oppositions binaires, les récits trop propres, les responsables désignés trop vite. Le réel est complexe. Les problèmes structurels ne se résolvent pas par des slogans viraux. Résister, c’est refuser les explications faciles lorsqu’elles masquent la vérité.

Se forcer à comprendre les choses.

Aller chercher les sources, croiser les points de vue, accepter d’être déstabilisé par des arguments qui dérangent. Ne pas confondre information et opinion, émotion et démonstration. L’effort intellectuel est devenu un acte de résistance.

Éviter les jugements hâtifs.

Refuser la culture du tribunal permanent, du lynchage numérique, de la condamnation sans contexte ni contradictoire. Accepter que tout ne soit pas immédiatement clair, que l’erreur existe, que l’intention compte autant que le résultat. La démocratie ne survit pas à l’indignation permanente.

Oser dire non.

Non aux emballements collectifs.

Non aux injonctions à penser pareil.

Non à la peur d’être isolé ou mal compris. Dire non sur les réseaux, aujourd’hui, demande parfois plus de courage que de suivre le courant.

Proposer des alternatives.

Ne pas se contenter de dénoncer. Construire, suggérer, expérimenter. Mettre en débat des solutions imparfaites mais sincères. Transformer la critique en projet. La résistance n’est féconde que si elle ouvre des chemins.

Remettre en question ce qui a toujours été.

Interroger les modèles économiques des plateformes, les algorithmes de visibilité, la place donnée à la colère plutôt qu’à la nuance. Refuser l’idée que ce fonctionnement serait naturel, inévitable ou neutre. Ce qui a été construit peut être transformé.

2026 comme année de résistance calme et déterminée

Ces chantiers ne sont ni spectaculaires ni immédiatement gratifiants.

Ils demandent de la constance, de la discipline et une forme de courage discret. Mais c’est là, dans ces gestes quotidiens, que se jouera une part essentielle de notre capacité à résister sans renoncer, à agir sans céder à la violence, à défendre la démocratie sans la caricaturer.

Il nous faudra chercher.

Analyser.

Comprendre.

Convaincre.

Et surtout, agir.

Car à défaut, je suis convaincu que nos démocraties déjà malades risquent de sombrer dans un long hiver dont elles pourraient ne jamais se relever.

2026 devra être une année de résistance calme mais ferme.

Une année où l’on refuse la facilité des slogans comme celle du renoncement.

Une année où l’on choisit l’engagement plutôt que la résignation.

Non parce que la victoire serait garantie.

Mais parce que l’inaction, elle, garantirait l’échec.

Pour illustration:

« Resister » de Salomé Saqué:

« Résister » ne défend ni un dogme partisan ni un monopole idéologique de la vérité, mais un impératif collectif : préserver les conditions mêmes de la démocratie. Le simplisme, la radicalisation et la certitude morale ne sont pas l’apanage de la gauche ou de la droite ; ils sont les symptômes d’une société qui se fragmente, s’épuise et renonce à la complexité. La menace qui pèse sur nos démocraties ne vient pas d’un camp unique, mais de ce que nous sommes en train de devenir collectivement — impatients, polarisés, vulnérables à la manipulation. Résister rappelle que ce combat ne se mène pas contre un ennemi désigné, mais là où chacun se trouve : dans l’information que l’on consomme, dans les mots que l’on emploie, dans la responsabilité que l’on assume. En cela, ce livre illustre parfaitement une vision libérale exigeante : défendre la liberté suppose de refuser les raccourcis, d’accepter le pluralisme et de considérer la lucidité comme un devoir commun.

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