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	<title>Mathieu Michel</title>
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	<description>Liberté. Innovation. Responsabilité.</description>
	<lastBuildDate>Fri, 07 Aug 2026 12:42:22 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Mathieu Michel</title>
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	<item>
		<title>Aerospacelab et IRIS² : une ambition souveraine, made in Wallonie</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/aerospacelab-et-iris2-une-ambition-souveraine-made-in-wallonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Aug 2026 10:04:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Brabant Wallon]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aerospacelab, née en Wallonie, va contribuer à construire les satellites d'IRIS², la constellation souveraine de l'Europe. Récit d'une ascension vers les étoiles.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/aerospacelab-et-iris2-une-ambition-souveraine-made-in-wallonie/">Aerospacelab et IRIS² : une ambition souveraine, made in Wallonie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="wpb-content-wrapper"><div data-parent="true" class="vc_row row-container" id="row-unique-0"><div class="row limit-width row-parent"><div class="wpb_row row-inner"><div class="wpb_column pos-top pos-center align_left column_parent col-lg-12 single-internal-gutter"><div class="uncol style-light"  ><div class="uncoltable"><div class="uncell no-block-padding" ><div class="uncont" ><div class="uncode_text_column" ><h2 class="wp-block-heading">Un souvenir, et une immense fierté</h2>
<!-- /wp:post-content -->
<p><!-- wp:paragraph -->Il est des nouvelles qui dépassent l&rsquo;actualité économique pour toucher quelque chose de plus intime. En voici une. Aerospacelab, une entreprise spatiale née en Wallonie, vient d&rsquo;être retenue parmi les industriels qui construiront les satellites d&rsquo;IRIS², la future constellation souveraine de l&rsquo;Union européenne. Une startup de chez nous, appelée à équiper l&rsquo;un des plus grands projets spatiaux de l&rsquo;histoire du continent.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Si cette nouvelle me réjouit autant, c&rsquo;est aussi pour une raison personnelle. J&rsquo;ai visité Aerospacelab il y a quelques années. J&rsquo;en garde un souvenir précis, et je peux le dire sans détour : j&rsquo;ai été impressionné, et même ému. Impressionné par les équipes, par leur maîtrise, par leur sérieux. Ému par une chose plus rare encore, incarnée par leur fondateur, Benoît Deper : une ambition européenne saine et sincère, un enthousiasme à la fois humble et immense, et surtout cette conviction chevillée au corps que rien n&rsquo;est impossible à force de travail et de conviction.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->On croise peu, dans une vie, des femmes et des hommes qui portent ce mélange de modestie et d&rsquo;audace. Ce jour-là, j&rsquo;ai compris que j&rsquo;avais devant moi non pas des rêveurs, mais des bâtisseurs. Aujourd&rsquo;hui, les voir poursuivre cette incroyable ascension vers les étoiles est un bonheur simple et immense. Car ils sont exactement cela : l&rsquo;exemple inspirant que l&rsquo;Europe, quand elle ose et quand elle travaille, est capable du meilleur.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">La genèse d&rsquo;un champion né en Wallonie</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->L&rsquo;histoire d&rsquo;Aerospacelab est celle d&rsquo;un pari. En 2018, Benoît Deper, passé notamment par la NASA et par l&rsquo;écosystème spatial californien, choisit de ne pas rejoindre les grandes agences ni les géants installés. Il fonde sa propre société, en Belgique, avec l&rsquo;idée qu&rsquo;un acteur européen agile peut bousculer un secteur longtemps réservé à quelques mastodontes.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->En quelques années, le pari est devenu une trajectoire fulgurante. En 2025, l&rsquo;entreprise a bouclé une levée de fonds de 94 millions d&rsquo;euros pour accélérer son industrialisation, avec notamment le soutien de la Banque européenne d&rsquo;investissement, adossé à InvestEU. De quoi passer d&rsquo;un statut de pépite prometteuse à celui d&rsquo;acteur industriel de premier plan.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Le symbole le plus visible de cette ascension, c&rsquo;est sa gigafactory à Charleroi, sur le site de Marcinelle. Une usine parmi les plus importantes du monde pour la production de satellites, pensée pour en assembler jusqu&rsquo;à cinq cents par an et pour créer des centaines d&#8217;emplois. Là où l&rsquo;on parlait autrefois de charbon et d&rsquo;acier, on parle désormais de satellites. Ce n&rsquo;est pas un hasard si Charleroi a déroulé le tapis rouge : une région industrielle qui se réinvente dans la haute technologie, c&rsquo;est une promesse d&rsquo;avenir pour toute une population.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Et l&rsquo;audace ne s&rsquo;est pas démentie. Une entreprise née il y a moins de dix ans qui se met en situation de rivaliser avec des géants comme Airbus sur des contrats de plusieurs milliards d&rsquo;euros : voilà qui aurait paru inimaginable il y a peu. C&rsquo;est pourtant ce que fait Aerospacelab, sans arrogance, mais sans complexe.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Un modèle qui change les règles</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Comment une jeune société parvient-elle à cette place ? Par un modèle qui rompt avec les habitudes du secteur. Le spatial a longtemps fonctionné comme un artisanat de luxe : chaque satellite conçu presque sur mesure, à des coûts astronomiques et dans des délais interminables. Aerospacelab a fait un autre choix : celui d&rsquo;une recherche et développement intelligente, qui ne réinvente pas ce qui existe déjà mais réutilise, standardise et industrialise.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->L&rsquo;idée est aussi simple que puissante. Plutôt que de repartir de zéro à chaque projet, on s&rsquo;appuie sur des composants et des solutions éprouvés, on intègre verticalement la production, et l&rsquo;on gagne à la fois en coût, en fiabilité et en cadence. C&rsquo;est cette philosophie, souvent appelée « New Space », qui permet de passer de l&rsquo;exploit ponctuel à la véritable production de série. La gigafactory de Charleroi en est la traduction concrète.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Mais Aerospacelab ne se limite pas à fabriquer des satellites. L&rsquo;entreprise exploite aussi ce que l&rsquo;on pourrait appeler l&rsquo;intelligence du renseignement par imagerie : la capacité à produire et à analyser des données d&rsquo;observation de la Terre. À l&rsquo;heure où l&rsquo;information est un actif stratégique, savoir observer, mesurer et comprendre depuis l&rsquo;espace n&rsquo;est pas un supplément technologique : c&rsquo;est un pouvoir. Maîtriser à la fois le matériel (les satellites) et la donnée qu&rsquo;il permet de récolter, c&rsquo;est tenir la souveraineté de bout en bout.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Voilà, au fond, ce qui rend cette société si précieuse. Elle ne vend pas seulement du hardware ; elle bâtit une chaîne complète, de l&rsquo;assemblage à l&rsquo;exploitation de l&rsquo;information. C&rsquo;est exactement le type de capacité intégrée dont l&rsquo;Europe a besoin pour ne plus dépendre des autres.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">IRIS², la réponse souveraine de l&rsquo;Europe</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->C&rsquo;est ici qu&rsquo;entre en scène IRIS², dont le nom résume l&rsquo;ambition : Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite. Autrement dit, la constellation souveraine de l&rsquo;Union européenne, conçue pour offrir une connectivité sécurisée à ses gouvernements, à ses institutions et, demain, à ses citoyens.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Les chiffres disent l&rsquo;ampleur du projet : près de trois cents satellites, majoritairement en orbite terrestre basse, pour un budget de l&rsquo;ordre de 10,6 milliards d&rsquo;euros, partagé entre fonds publics et investissements privés. Le contrat de concession a été signé fin 2024 avec le consortium SpaceRISE, qui réunit plusieurs grands opérateurs européens, et la phase d&rsquo;industrialisation est désormais lancée, avec des premiers lancements attendus à partir de 2029.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->À quoi cela sert-il, concrètement ? À disposer d&rsquo;un internet par satellite chiffré, capable de fonctionner même en cas de cyberattaque majeure ou de coupure des câbles sous-marins qui font transiter l&rsquo;essentiel de nos communications. En clair : une infrastructure de secours et de sécurité que nul ne pourra nous couper, ni nous dicter.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Car c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit. Aujourd&rsquo;hui, la connectivité par satellite est dominée par des acteurs américains, l&rsquo;omniprésent Starlink, et, demain, chinois. Dépendre entièrement d&rsquo;eux pour communiquer, y compris en temps de crise, ce n&rsquo;est pas seulement une question technique : c&rsquo;est une question de liberté et de sécurité. IRIS² est la réponse européenne à cette dépendance. Une réponse tardive, sans doute, mais réelle.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Une ambition souveraine, made in Wallonie</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Reste à réconcilier les deux histoires, celle d&rsquo;Aerospacelab et celle d&rsquo;IRIS², car elles n&rsquo;en font qu&rsquo;une. Qu&rsquo;une entreprise née en Wallonie soit appelée à construire une partie des satellites de la constellation souveraine européenne, ce n&rsquo;est pas un simple motif de fierté locale. C&rsquo;est la démonstration qu&rsquo;une vision est possible : celle d&rsquo;une Europe qui ne se contente pas de réguler ou de subir, mais qui produit, qui invente, qui bâtit ses propres capacités stratégiques.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->On nous présente trop souvent un faux choix : soit l&rsquo;Europe se résigne à dépendre des puissances qui vont plus vite qu&rsquo;elle, soit elle se replie frileusement sur elle-même. Aerospacelab et IRIS² tracent une troisième voie, la seule qui vaille : celle de l&rsquo;ambition souveraine. Ni la naïveté du dépendant, ni la peur du reclus, la confiance du bâtisseur.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Encore faut-il que le politique soit à la hauteur de ces pionniers. Soutenir nos champions, c&rsquo;est très concret : les financer aux moments décisifs, leur ouvrir la commande publique européenne, assumer une véritable préférence industrielle européenne, et cesser de laisser filer nos pépites faute d&rsquo;avoir cru en elles à temps. La souveraineté ne se décrète pas dans les discours ; elle se construit, entreprise après entreprise, satellite après satellite. C&rsquo;est le combat que nous devons continuer à porter.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Alors oui, je regarde tout cela avec émotion. Une entreprise wallonne qui vise les étoiles et qui aide l&rsquo;Europe à retrouver la maîtrise de son destin dans l&rsquo;espace : il y a là quelque chose qui dépasse l&rsquo;économie. À toutes les équipes d&rsquo;Aerospacelab, et à Benoît Deper, je veux dire simplement merci. Merci de nous rappeler que rien n&rsquo;est impossible à force de travail et de conviction. Et que le meilleur, parfois, est made in Wallonie.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:list -->
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.rtbf.be/article/satellites-aerospacelab-leve-94-millions-eur-pour-donner-un-coup-de-boost-a-sa-croissance-11591800" target="_blank" rel="noreferrer noopener">RTBF — Aerospacelab lève 94 millions d&rsquo;euros (Charleroi)</a></li>
<li><a href="https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/2025/08/27/aerospacelab-defie-le-geant-airbus-ce-contrat-de-4-milliards-serait-un-game-changer-pour-nous-MNL32AVRJFH7TNWM3JWBCSCQIA/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La Libre — Aerospacelab défie le géant Airbus : un contrat qui serait un « game changer »</a></li>
<li><a href="https://cnes.fr/dossiers/iris2-future-constellation-made-europe" target="_blank" rel="noreferrer noopener">CNES — IRIS², la future constellation made in Europe</a></li>
<li><a href="https://www.spacerise.eu/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">SpaceRISE — le consortium chargé de déployer IRIS²</a></li>
</ul>
<!-- /wp:list -->
<p>&nbsp;</p>
<p>
</div></div></div></div></div></div><script id="script-row-unique-0" data-row="script-row-unique-0" type="text/javascript" class="vc_controls">UNCODE.initRow(document.getElementById("row-unique-0"));</script></div></div></div></div><p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/aerospacelab-et-iris2-une-ambition-souveraine-made-in-wallonie/">Aerospacelab et IRIS² : une ambition souveraine, made in Wallonie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Citoyens Numériques remporte une partie du marché public de l&#8217;IFPC pour la formation des enseignants</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/citoyens-numeriques-remporte-une-partie-du-marche-public-de-lifpc-pour-la-formation-des-enseignants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Jul 2026 12:12:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Citoyenneté numérique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mathieumichel.be/?p=133598</guid>

					<description><![CDATA[<p>L'ASBL Citoyens Numériques remporte une partie du marché public de l'IFPC pour la formation continue des enseignants. Cap sur le Forum du 2 décembre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/citoyens-numeriques-remporte-une-partie-du-marche-public-de-lifpc-pour-la-formation-des-enseignants/">Citoyens Numériques remporte une partie du marché public de l&rsquo;IFPC pour la formation des enseignants</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Une reconnaissance qui a le goût du travail bien fait</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a des nouvelles qui réchauffent, parce qu&rsquo;elles récompensent des mois d&rsquo;efforts discrets. En voici une. Citoyens Numériques, l&rsquo;association que j&rsquo;ai cofondée avec Maude Ladrière et Philippe Moraldo, vient de remporter une partie du marché public de l&rsquo;IFPC consacré à la formation continue des enseignants. Deux volets nous ont été confiés, et non des moindres : l&rsquo;éducation aux médias et la gestion des réseaux sociaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je mesure ce que représente cette confiance pour une structure née il y a à peine un an. Un marché public, ce n&rsquo;est pas un coup de communication. C&rsquo;est une procédure exigeante, où l&rsquo;on est jugé sur la solidité d&rsquo;une offre, la rigueur d&rsquo;une méthode, la crédibilité d&rsquo;une équipe. Être retenu, c&rsquo;est entendre une institution dire, en substance : ce que vous proposez répond à un vrai besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce besoin, je le crois immense. Nos enseignants font face, chaque jour, à des classes où le numérique est déjà partout — dans les poches, dans les têtes, dans les conversations. On leur demande d&rsquo;accompagner des jeunes sur un terrain qui bouge plus vite qu&rsquo;aucun programme scolaire. Leur donner les moyens de le faire, ce n&rsquo;est pas un supplément d&rsquo;âme : c&rsquo;est une nécessité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un an pour bâtir une expertise, pas un slogan</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment passe-t-on d&rsquo;une idée à une offre retenue par les pouvoirs publics en douze mois ? Par le travail. Nous avons bâti un réseau de près de cinquante formateurs répartis dans toute la Belgique francophone. Une trentaine d&rsquo;entre eux ont été formés par le RÉCIT, le centre québécois de référence en formation continue, sur les enjeux qui définissent la citoyenneté numérique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui : la pensée critique, les biais des algorithmes, la polarisation des débats, l&rsquo;intelligence artificielle et la cybersécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si j&rsquo;insiste sur ces mots, c&rsquo;est qu&rsquo;ils dessinent un programme. Apprendre à un adolescent à reconnaître un contenu généré par une machine, à comprendre pourquoi son fil d&rsquo;actualité lui montre certaines choses et lui en cache d&rsquo;autres, à distinguer une information vérifiée d&rsquo;une rumeur virale : voilà l&rsquo;alphabétisation de notre siècle. Elle ne remplace pas la lecture et l&rsquo;écriture ; elle les prolonge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque grande bascule technique a d&rsquo;ailleurs exigé une nouvelle forme d&rsquo;apprentissage. L&rsquo;imprimerie a rendu nécessaire de savoir lire, pour ne pas rester à la merci de ceux qui savaient. Le numérique nous demande aujourd&rsquo;hui d&rsquo;apprendre à lire les algorithmes, c&rsquo;est-à-dire à comprendre les logiques invisibles qui orientent notre attention et, parfois, nos opinions. Une société qui néglige cet apprentissage ne devient pas plus libre parce qu&rsquo;elle est plus connectée ; elle devient plus manipulable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est aussi une affaire de transmission. Hannah Arendt rappelait, dans La Crise de la culture (1961), que l&rsquo;éducation est le moment où nous décidons si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité devant ceux qui arrivent après nous. Éduquer au numérique, dans cet esprit, ce n&rsquo;est pas céder à une mode : c&rsquo;est prendre au sérieux le monde tel qu&rsquo;il est, et préparer les jeunes à y exercer pleinement leur liberté.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ni diaboliser les écrans, ni les banaliser</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur ces sujets, un faux débat nous épuise : faut-il interdire les écrans, ou les laisser tout envahir ? Ce face-à-face est stérile. L&rsquo;interdiction pure rassure les adultes mais n&rsquo;arme personne ; le laisser-faire, lui, abandonne les jeunes aux logiques d&rsquo;une économie de l&rsquo;attention qui n&rsquo;a jamais leur intérêt pour boussole.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La voie que nous défendons est plus exigeante, mais c&rsquo;est la seule qui respecte les jeunes : éduquer. Leur donner les moyens de comprendre, de choisir, de se protéger. Ni la peur, ni la naïveté — le discernement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela suppose une méthode et une déontologie. Citoyens Numériques agit de manière neutre et pluraliste. L&rsquo;école n&rsquo;a pas à devenir un lieu d&rsquo;endoctrinement, dans un sens ou dans un autre ; elle doit rester ce lieu rare où l&rsquo;on apprend à penser par soi-même. Nos formations ne disent pas aux élèves quoi penser des réseaux sociaux ou de l&rsquo;intelligence artificielle. Elles leur apprennent à se poser les bonnes questions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et elles s&rsquo;adressent d&rsquo;abord à ceux qui tiennent la classe. Trop souvent, on a demandé aux enseignants d&rsquo;affronter seuls ces bouleversements, sans formation ni soutien réel. Les outiller sérieusement, c&rsquo;est leur rendre justice. C&rsquo;est aussi reconnaître que la citoyenneté numérique n&rsquo;est pas une matière de plus à caser dans une grille horaire déjà saturée, mais une compétence transversale qui traverse toutes les disciplines.</p>



<h2 class="wp-block-heading">« Grandir connecté ? » : rendez-vous le 2 décembre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette victoire ouvre un cycle, elle ne le referme pas. J&rsquo;ai donc le plaisir d&rsquo;annoncer que notre prochain Forum se tiendra le 2 décembre, à l&rsquo;Aula Magna de Louvain-la-Neuve, autour d&rsquo;une question que se posent des millions de parents : « Grandir connecté ? ». Une journée entière consacrée au rapport des jeunes aux écrans, avec des chercheurs, des enseignants, des acteurs de terrain et des citoyens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;y invite chacune et chacun. Non pour y entendre des certitudes toutes faites, mais pour y confronter des expériences et des savoirs. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;avance une association qui refuse les slogans : en réunissant autour de la table celles et ceux qui vivent ces questions au quotidien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon vœu, au fond, est simple. Que l&rsquo;éducation à la citoyenneté numérique soit enfin reconnue pour ce qu&rsquo;elle est : un pilier de nos démocraties, au même titre que l&rsquo;éducation civique d&rsquo;hier. Former nos enseignants, généraliser cette éducation dès l&rsquo;école, en faire une priorité partagée plutôt qu&rsquo;une option : voilà le combat concret que je continuerai de porter, à la Chambre comme sur le terrain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je veux, pour finir, saluer le travail des équipes de Citoyens Numériques. En un an, elles ont transformé une conviction en une structure crédible, reconnue par les pouvoirs publics. Je me réjouis de voir grandir cette association qui agit au service d&rsquo;une démocratie 2.0 — un espace où le numérique demeure, pour tous, un espace de confiance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://citoyensnumeriques.be/apropos/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Citoyens Numériques — À propos</a></li>
<li><a href="https://www.mathieumichel.be/lancement-de-citoyens-numeriques-pour-une-democratie-2-0/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Mathieu Michel — Lancement de Citoyens Numériques</a></li>
</ul>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/citoyens-numeriques-remporte-une-partie-du-marche-public-de-lifpc-pour-la-formation-des-enseignants/">Citoyens Numériques remporte une partie du marché public de l&rsquo;IFPC pour la formation des enseignants</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Baisser l&#8217;impôt sur le travail, sans casser la solidarité</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/baisser-limpot-sur-le-travail-sans-casser-la-solidarite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Jul 2026 10:09:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Finances]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mathieumichel.be/?p=133568</guid>

					<description><![CDATA[<p>La Chambre a voté la première partie de la réforme fiscale. Rendre le travail plus payant est juste, à condition de cibler, financer et protéger la solidarité.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/baisser-limpot-sur-le-travail-sans-casser-la-solidarite/">Baisser l&rsquo;impôt sur le travail, sans casser la solidarité</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="wpb-content-wrapper"><div data-parent="true" class="vc_row row-container" id="row-unique-1"><div class="row limit-width row-parent"><div class="wpb_row row-inner"><div class="wpb_column pos-top pos-center align_left column_parent col-lg-12 single-internal-gutter"><div class="uncol style-light"  ><div class="uncoltable"><div class="uncell no-block-padding" ><div class="uncont" ><div class="uncode_text_column" ><h2 class="wp-block-heading">Ce que la Chambre vient de voter</h2>
<!-- /wp:post-content -->
<p>En ce début de vacances, la Chambre des représentants a adopté la première partie de la réforme fiscale portée par la coalition Arizona. La mesure phare est la plus lisible : le relèvement de la quotité du revenu exemptée d&rsquo;impôt. Aujourd&rsquo;hui, chacun d&rsquo;entre nous bénéficie d&rsquo;une première tranche de revenu, d&rsquo;un peu plus de 10.910 euros, sur laquelle l&rsquo;État ne prélève rien. Cette tranche sera portée à 14.450 euros pour l&rsquo;exercice d&rsquo;imposition 2030, puis à 15.600 euros pour l&rsquo;exercice 2031.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Le principe est ancien mais puissant. Plus la part de revenu exonérée est haute, plus le travail des bas et moyens revenus est allégé, en proportion. Une infirmière, un ouvrier, un jeune qui décroche son premier contrat : ce sont eux qui ressentent le plus vite, sur leur fiche de paie, ce type de mesure. C&rsquo;est là qu&rsquo;elle est la plus juste, parce qu&rsquo;elle profite d&rsquo;abord à ceux pour qui cent euros de plus par mois ne sont pas une abstraction comptable, mais un plein de courses, une facture d&rsquo;énergie, un peu d&rsquo;air.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->L&rsquo;effort budgétaire est réel. Le gouvernement chiffre l&rsquo;allègement à 772 millions d&rsquo;euros en 2028, avant de le porter à 3 milliards d&rsquo;euros l&rsquo;année suivante. Ce sont des montants qui engagent le pays pour longtemps. On ne peut pas se contenter de saluer la baisse d&rsquo;impôt sans regarder, dans le même mouvement, comment elle est financée et ce qu&rsquo;elle déplace ailleurs. Une réforme fiscale n&rsquo;est pas un cadeau tombé du ciel : c&rsquo;est un choix de société, avec des gagnants, des perdants et des contreparties.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Car la réforme ne se limite pas à la quotité exemptée. Elle pose aussi le principe de l&rsquo;imposition du revenu d&rsquo;intégration sociale, le RIS, comme revenu de remplacement. Et elle touche au quotient conjugal, ce mécanisme qui répartit le revenu au sein d&rsquo;un couple pour en alléger la fiscalité. Ces deux points méritent qu&rsquo;on s&rsquo;y arrête, parce qu&rsquo;ils concernent les situations les plus fragiles et les équilibres familiaux, là où une mesure mal calibrée peut faire beaucoup de mal, sans bruit.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Je le dis avec franchise : je soutiens l&rsquo;orientation générale de cette réforme. Rendre le travail plus payant est une bonne politique, et il n&rsquo;y a aucune honte à l&rsquo;assumer. Mais le rôle d&rsquo;un député n&rsquo;est pas d&rsquo;applaudir un cap, il est de vérifier la trajectoire. Et sur la trajectoire, tout se joue dans le ciblage et le financement. Le diable, comme souvent, se cache dans les détails d&rsquo;application.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Il faut aussi être honnête sur le calendrier. Les effets pleins de la mesure ne se feront sentir qu&rsquo;aux exercices d&rsquo;imposition 2030 et 2031. Entre l&rsquo;annonce et la fiche de paie, il y a donc plusieurs années, et beaucoup de choses peuvent bouger d&rsquo;ici là. Raison de plus pour verrouiller dès maintenant la logique de la réforme et ne pas la laisser se déformer au fil des arbitrages budgétaires.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">D&rsquo;où vient le poids qui pèse sur le travail</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Pour comprendre le débat d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, il faut faire un pas en arrière. La Belgique figure, de longue date, parmi les pays où le travail est le plus lourdement taxé. Ce n&rsquo;est pas un accident. C&rsquo;est le produit d&rsquo;une histoire, celle d&rsquo;un État social bâti après la guerre, financé pour l&rsquo;essentiel sur les épaules de ceux qui travaillent.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Ce choix avait sa logique. Dans une société de plein emploi, taxer le travail permettait de financer des solidarités larges : la santé, les pensions, le chômage, la famille. Le système a protégé des générations entières, amorti des crises, tenu debout des familles frappées par la maladie ou la perte d&rsquo;un emploi. Il serait injuste, et un peu ingrat, de le caricaturer. Mais un instrument conçu pour un monde ne convient pas toujours au suivant.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Or le monde a changé. Le capital est devenu plus mobile que le travail : il traverse les frontières d&rsquo;un clic, tandis que le salarié, lui, reste ancré là où il vit. La population vieillit, ce qui alourdit mécaniquement les dépenses de pension et de soins. Et la concurrence entre pays s&rsquo;est durcie. Continuer à faire peser l&rsquo;essentiel de l&rsquo;effort sur le travail, c&rsquo;est décourager précisément ce que l&rsquo;on veut encourager : l&rsquo;activité, l&rsquo;initiative, l&rsquo;envie de prendre un emploi plutôt que de rester à sa marge.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Les gouvernements successifs l&rsquo;ont senti. Les tentatives de rééquilibrage, de tax shift, de réforme fiscale ne datent pas d&rsquo;hier. Elles se heurtent toujours au même mur : baisser l&rsquo;impôt sur le travail suppose de trouver l&rsquo;argent ailleurs, ou de réduire la dépense. C&rsquo;est un exercice de vérité, jamais un tour de magie. Chaque fois qu&rsquo;un responsable politique promet la baisse sans jamais nommer la contrepartie, il abîme un peu plus la confiance.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->La réforme Arizona s&rsquo;inscrit dans cette longue histoire. Elle n&rsquo;invente pas le problème, elle propose une réponse. Le juger, c&rsquo;est donc moins débattre du principe que de la méthode : qui allège-t-on d&rsquo;abord, et au prix de quoi ? C&rsquo;est à cette question, et non aux slogans, que je veux répondre.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->On oublie trop souvent une chose simple : la manière dont un pays taxe raconte ce qu&rsquo;il valorise. Taxer lourdement le travail, c&rsquo;est envoyer un signal décourageant à celui qui produit. Rééquilibrer, c&rsquo;est réaffirmer que l&rsquo;effort mérite récompense. Ce n&rsquo;est pas seulement de la technique fiscale, c&rsquo;est un message adressé à toute une société sur la place qu&rsquo;elle réserve à ceux qui se lèvent le matin.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Le faux débat : moins d&rsquo;impôt contre plus de solidarité</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Dès qu&rsquo;une baisse d&rsquo;impôt est annoncée, le débat se fige en deux camps. D&rsquo;un côté, ceux qui n&rsquo;y voient qu&rsquo;un cadeau et redoutent le démantèlement de la protection sociale. De l&rsquo;autre, ceux qui réclament toujours moins d&rsquo;État sans jamais dire ce qu&rsquo;ils cesseraient de financer. Ce face-à-face est confortable, parce qu&rsquo;il permet à chacun de rester dans son rôle. Il est surtout faux.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Il est faux parce qu&rsquo;il oppose deux choses qui, bien pensées, se renforcent. Un pays qui rend le travail payant crée de l&rsquo;activité, donc des recettes, donc les moyens de sa solidarité. Une solidarité soutenable, à l&rsquo;inverse, suppose une économie qui tourne et des travailleurs qui ne se sentent pas punis d&rsquo;aller travailler. Ce ne sont pas deux adversaires. Ce sont les deux jambes d&rsquo;un même corps : coupez-en une, et l&rsquo;ensemble tombe.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->La vraie question n&rsquo;est pas le montant de l&rsquo;impôt, c&rsquo;est sa structure. Un système peut prélever beaucoup et mal, en frappant surtout le travail des classes moyennes tout en laissant filer des niches et des régimes d&rsquo;exception. Il peut aussi prélever de manière plus lisible, plus large, plus juste. Le philosophe John Rawls, dans sa Théorie de la justice publiée en 1971, rappelait qu&rsquo;une société équitable se juge à la situation qu&rsquo;elle réserve à ses membres les plus vulnérables. Une baisse d&rsquo;impôt bien conçue ne contredit pas ce principe. Elle peut le servir, à condition de ne pas se financer sur le dos du filet social.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->C&rsquo;est pourquoi je regarde de près l&rsquo;imposition de principe du revenu d&rsquo;intégration. Sur le papier, aligner ce revenu de remplacement sur les autres a une cohérence. Dans la vraie vie, il s&rsquo;agit du dernier filet, celui qui empêche des personnes de basculer dans la rue. Toute évolution doit ici être limpide et protéger le pouvoir d&rsquo;achat réel des bénéficiaires, sinon on soulage le travail d&rsquo;une main en fragilisant la dignité de l&rsquo;autre. La cohérence fiscale ne doit jamais servir d&rsquo;alibi à un recul social.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Nommer ce faux débat, ce n&rsquo;est pas botter en touche. C&rsquo;est refuser une paresse intellectuelle qui arrange tout le monde et n&rsquo;aide personne. Parler vrai aux citoyens, y compris sur les arbitrages difficiles, est à mes yeux un acte profondément libéral. Traiter les gens en adultes, c&rsquo;est leur dire d&rsquo;où vient l&rsquo;argent et où il va.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Je veux être clair sur un point qui me tient à cœur : défendre les plus fragiles n&rsquo;est pas l&rsquo;apanage d&rsquo;un camp. On peut croire à la liberté, à l&rsquo;initiative, à la récompense de l&rsquo;effort, et refuser en même temps qu&rsquo;un pays laisse tomber ceux qui trébuchent. C&rsquo;est même, pour moi, le sens profond du libéralisme : l&rsquo;autonomie pour tous, y compris pour ceux qui partent de plus loin.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Ce que je propose</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Ma conviction tient en une phrase : il faut baisser l&rsquo;impôt sur le travail, mais le faire de manière ciblée, financée et lisible. Trois exigences, pas une seule. Retirer l&rsquo;une des trois, et la réforme se retourne contre ceux qu&rsquo;elle prétend aider.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Cibler, d&rsquo;abord. L&rsquo;allègement doit bénéficier en priorité aux bas et moyens revenus du travail, là où chaque euro rendu change concrètement une vie et où l&rsquo;effet sur l&#8217;emploi est le plus fort. Le relèvement de la quotité exemptée va dans ce sens. Il faut en faire le cœur de la réforme, pas un accessoire, et résister à toute tentation d&rsquo;en diluer le bénéfice vers le haut de l&rsquo;échelle, où il pèsera lourd pour le budget et changera peu de choses au quotidien.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Financer, ensuite. Une baisse d&rsquo;impôt crédible ne se paie ni en creusant la dette, que nos enfants rembourseront, ni en rabotant les protections. Elle se finance en élargissant la base et en s&rsquo;attaquant aux niches et aux régimes d&rsquo;exception qui minent le consentement à l&rsquo;impôt. Chaque dérogation devrait être justifiée par son utilité réelle, évaluée, et supprimée si elle ne sert plus. C&rsquo;est un travail ingrat, sans photo à la clé, mais c&rsquo;est le seul honnête.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Rendre lisible, enfin. Notre fiscalité est devenue un maquis que peu de citoyens comprennent, ce qui nourrit le sentiment d&rsquo;injustice et le soupçon que d&rsquo;autres, mieux conseillés, échappent à l&rsquo;effort commun. Un filet social doit rester simple à saisir : on doit toujours savoir ce à quoi l&rsquo;on a droit et pourquoi. La complexité n&rsquo;est pas une vertu, c&rsquo;est souvent le refuge des privilèges.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Alors soutenons cette réforme, oui. Mais exigeons qu&rsquo;elle reste fidèle à sa promesse : soulager le travail sans casser la solidarité. Ce n&rsquo;est pas un compromis mou entre deux camps. C&rsquo;est une ligne de crête, celle d&rsquo;un libéralisme social qui croit à la fois à la récompense de l&rsquo;effort et à la protection des plus faibles. C&rsquo;est sur cette ligne, exigeante et parfois inconfortable, que je continuerai de me tenir.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Enfin, je propose que chaque grande mesure fiscale soit assortie d&rsquo;une évaluation publique, quelques années après son entrée en vigueur : combien a-t-elle coûté, qui a-t-elle réellement aidé, a-t-elle tenu ses promesses. Trop de réformes sont votées puis oubliées, sans jamais qu&rsquo;on vérifie si elles ont marché. Rendre des comptes sur les résultats, ce n&rsquo;est pas de la défiance envers l&rsquo;action publique, c&rsquo;est du respect envers le contribuable.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:list -->
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.rtbf.be/article/la-chambre-approuve-la-premiere-partie-de-la-reforme-fiscale-de-l-arizona-11755772" target="_blank" rel="noreferrer noopener">RTBF — la Chambre approuve la première partie de la réforme fiscale de l&rsquo;Arizona</a></li>
<li><a href="https://www.vbo-feb.be/fr/nouvelles/nouveautes-fiscales-en-2026-%E2%88%92-quest-ce-qui-change-pour-vous-clone/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">VBO-FEB — nouveautés fiscales en 2026</a></li>
<li><a href="https://etax.be/fr/reforme-fiscale-belgique-gouvernement-arizona/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Etax — la réforme fiscale du gouvernement Arizona</a></li>
</ul>
<!-- /wp:list -->
<p>&nbsp;</p>
<p>
</div></div></div></div></div></div><script id="script-row-unique-1" data-row="script-row-unique-1" type="text/javascript" class="vc_controls">UNCODE.initRow(document.getElementById("row-unique-1"));</script></div></div></div></div><p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/baisser-limpot-sur-le-travail-sans-casser-la-solidarite/">Baisser l&rsquo;impôt sur le travail, sans casser la solidarité</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Annualiser le temps de travail : une réforme qui épouse enfin la vie réelle</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/annualiser-le-temps-de-travail-une-reforme-qui-epouse-enfin-la-vie-reelle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Jul 2026 12:15:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Libéralisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mathieumichel.be/?p=133600</guid>

					<description><![CDATA[<p>Annualiser le temps de travail : pourquoi je soutiens la réforme Clarinval validée le 18 juillet. Flexibilité pour l'entreprise, protection pour le salarié.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/annualiser-le-temps-de-travail-une-reforme-qui-epouse-enfin-la-vie-reelle/">Annualiser le temps de travail : une réforme qui épouse enfin la vie réelle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">On ne travaille plus comme en 1970</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On travaille en 2026 comme on ne travaillait pas en 1970. Les rythmes de nos entreprises ont changé, les attentes des salariés aussi. Un chocolatier croule sous les commandes à Pâques et à la Saint-Nicolas, puis tourne au ralenti en juillet. Un parent voudrait donner un coup de collier au printemps pour souffler avec ses enfants pendant les vacances d&rsquo;été. Jusqu&rsquo;ici, notre droit du travail répondait à ces réalités mouvantes avec un outil rigide : la semaine. Toujours la même, calculée à l&rsquo;identique, du 1er janvier au 31 décembre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que change la réforme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réforme portée par David Clarinval, validée par le gouvernement le 18 juillet, corrige ce décalage. Le principe est simple : plutôt que de compter le temps de travail semaine par semaine, on pourra le lisser sur l&rsquo;année entière, autour d&rsquo;une moyenne inchangée de 38 heures. Davantage d&rsquo;heures quand l&rsquo;activité l&rsquo;exige, moins quand elle retombe. Ce sont les « horaires accordéon ». Rien de révolutionnaire dans l&rsquo;idée — plusieurs de nos voisins européens la pratiquent déjà — mais une modernisation attendue de longue date.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Trois garanties : une réforme d&rsquo;équilibre, pas de dérégulation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Je soutiens cette mesure parce qu&rsquo;elle repose sur ce qui fonde ma vision du travail : la liberté encadrée, jamais la contrainte. Trois garanties en font une réforme d&rsquo;équilibre et non de dérégulation. D&rsquo;abord, rien ne s&rsquo;impose : le dispositif ne s&rsquo;applique qu&rsquo;avec l&rsquo;accord explicite du travailleur. Personne ne peut être forcé d&rsquo;adopter ces horaires. Ensuite, le salaire reste stable chaque mois, indépendamment du nombre d&rsquo;heures réellement prestées sur une période donnée. On ne gagne pas moins en juillet parce qu&rsquo;on a moins produit. Enfin, le plafond légal de 38 heures en moyenne demeure : il ne s&rsquo;agit pas de faire travailler plus, mais de faire travailler autrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément cette combinaison — flexibilité pour l&rsquo;entreprise, protection pour le salarié — qui répond à la manière dont on travaille aujourd&rsquo;hui. Pour un secteur saisonnier, l&rsquo;annualisation offre une alternative intelligente au recours systématique au chômage temporaire dans les creux. Pour un salarié, elle ouvre une possibilité concrète de mieux articuler vie professionnelle et vie familiale, sans perte de revenu. La flexibilité, ici, n&rsquo;est pas un mot creux au service de l&#8217;employeur : c&rsquo;est un espace de liberté partagé, à condition qu&rsquo;il soit consenti.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Entendre les réserves, soigner la mise en œuvre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Je n&rsquo;ignore pas les réserves. Les syndicats redoutent une pression implicite de l&#8217;employeur et une perte de prévisibilité, particulièrement lourde pour les familles monoparentales. La critique est légitime et mérite d&rsquo;être entendue, pas balayée. Mais la réponse ne se trouve pas dans le refus de la réforme — elle se trouve dans la qualité de sa mise en œuvre. C&rsquo;est bien pour cela que le caractère volontaire de l&rsquo;accord et la garantie salariale sont non négociables, et que la discussion sur une compensation du pouvoir d&rsquo;achat, portée au sein même du gouvernement, a toute sa place. Une réforme de ce type se juge à ses garde-fous autant qu&rsquo;à son principe. Sur ce point, la vigilance parlementaire sera de mise, et je m&rsquo;y engagerai.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Moderniser le marché du travail, ce n&rsquo;est pas opposer l&rsquo;entreprise au salarié. C&rsquo;est reconnaître que les deux ont intérêt à des règles qui collent au réel plutôt qu&rsquo;à un cadre pensé pour un monde qui n&rsquo;existe plus. L&rsquo;annualisation, correctement encadrée, va dans ce sens. C&rsquo;est une réforme de confiance, d&rsquo;équilibre et de flexibilité — au bénéfice des travailleurs comme des employeurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.lalibre.be/dernieres-depeches/2026/07/18/le-gouvernement-valide-lannualisation-du-temps-de-travail-OEFXFGAFDBAWBEWB54Y2P42J3M/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La Libre — Le gouvernement valide l&rsquo;annualisation du temps de travail</a></li>
<li><a href="https://www.rtbf.be/article/annualisation-du-temps-de-travail-une-avancee-pour-le-monde-patronal-un-recul-pour-les-syndicats-11759790" target="_blank" rel="noreferrer noopener">RTBF — Annualisation du temps de travail : une avancée pour le patronat, un recul pour les syndicats</a></li>
<li><a href="https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2026/07/18/le-gouvernement-de-wever-boucle-plusieurs-dossiers-cles-avant-les-vacances-voici-tout-ce-qui-va-changer-V3CFU774KFH7PPF77APS2OA6KU/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La Libre — Le gouvernement De Wever boucle plusieurs dossiers avant les vacances</a></li>
</ul>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/annualiser-le-temps-de-travail-une-reforme-qui-epouse-enfin-la-vie-reelle/">Annualiser le temps de travail : une réforme qui épouse enfin la vie réelle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Fraude sociale, fraude fiscale : un citoyen n&#8217;est pas un suspect par défaut</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/fraude-sociale-fraude-fiscale-un-citoyen-nest-pas-un-suspect-par-defaut/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 12:03:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Libéralisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mathieumichel.be/?p=133599</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un avant-projet autoriserait les CPAS à engager des détectives privés contre la fraude sociale. Pourquoi je m'y oppose : un citoyen n'est pas un suspect.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/fraude-sociale-fraude-fiscale-un-citoyen-nest-pas-un-suspect-par-defaut/">Fraude sociale, fraude fiscale : un citoyen n&rsquo;est pas un suspect par défaut</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="wpb-content-wrapper"><div data-parent="true" class="vc_row row-container" id="row-unique-2"><div class="row limit-width row-parent"><div class="wpb_row row-inner"><div class="wpb_column pos-top pos-center align_left column_parent col-lg-12 single-internal-gutter"><div class="uncol style-light"  ><div class="uncoltable"><div class="uncell no-block-padding" ><div class="uncont" ><div class="uncode_text_column" ><h2 class="wp-block-heading">Une ligne à ne pas franchir</h2>
<!-- /wp:post-content -->
<p><!-- wp:paragraph -->Il faut parfois un élu de terrain pour rappeler à tout un pays où passe une ligne. Cette semaine, à Waterloo, le président du CPAS Raphaël Szuma l&rsquo;a fait en une phrase : « Un CPAS n&rsquo;est pas un service de traque. Cette ligne, je ne la franchirai pas. » Il ajoute que faire de la politique, c&rsquo;est aussi savoir dire non. Il a raison, et je tiens à le soutenir publiquement.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->De quoi parle-t-on ? D&rsquo;un avant-projet de loi, adopté en première lecture par le Conseil des ministres le 29 juin 2026, qui autoriserait les CPAS à confier leurs enquêtes sociales à des sociétés de détectives privés pour débusquer les fraudeurs présumés — cohabitations non déclarées, biens dissimulés à l&rsquo;étranger. Sur le papier, l&rsquo;intention se défend : personne de sérieux ne conteste qu&rsquo;il faille lutter contre la fraude sociale, qui détourne la solidarité de ceux qui en ont réellement besoin. Mais une intention légitime ne justifie pas n&rsquo;importe quel moyen. Et celui-là franchit une ligne rouge.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">La surveillance publique a déjà ses institutions</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Confier à des officines privées le soin d&rsquo;espionner des citoyens, c&rsquo;est inverser le rapport entre l&rsquo;État et la personne. Dans une société libérale, l&rsquo;État ne présume pas la culpabilité : il l&rsquo;établit, par ses institutions, sous le contrôle du droit et du juge.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Or, comme le rappelle Raphaël Szuma, « la lutte contre la fraude sociale et fiscale a déjà ses institutions, ses inspecteurs, ses moyens légaux ». Nous avons des inspecteurs sociaux assermentés, un cadre, des recours. Sous-traiter la surveillance à des acteurs privés rémunérés pour trouver des coupables, sans les garanties qui encadrent la puissance publique, ce n&rsquo;est pas moderniser le contrôle : c&rsquo;est l&rsquo;affranchir de ses limites.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;histoire récente devrait nous servir de leçon</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas la première fois que la question se pose, et l&rsquo;histoire récente devrait nous servir de leçon. En janvier 2019, le CPAS d&rsquo;Anvers avait déjà eu recours à des détectives privés. Le ministre de l&rsquo;Intégration sociale de l&rsquo;époque, Denis Ducarme, avait fait procéder à un contrôle juridique : les enquêtes violaient le secret professionnel et étaient illégales. Le CPAS avait dû y renoncer.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->« Nous devons lutter efficacement contre la fraude sociale, mais tout en restant dans les limites de la légalité », disait-il alors. Sept ans plus tard, la même idée revient — sans que les objections de fond, elles, aient disparu.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Pas deux poids, deux mesures selon le compte en banque</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Je veux ici assumer une cohérence. Je me suis battu contre cette même logique lorsqu&rsquo;elle visait le contribuable : la tentation de la surveillance généralisée, du croisement de données et des pouvoirs d&rsquo;investigation étendus qui traitent chaque citoyen comme un fraudeur qu&rsquo;il faudrait démasquer. J&rsquo;estimais alors que l&rsquo;État n&rsquo;a pas à considérer ses contribuables comme suspects par défaut. Je le pense exactement pour la même raison lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un allocataire social.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Ce qui est inacceptable dans un sens l&rsquo;est dans l&rsquo;autre. On ne peut pas défendre la vie privée du contribuable et l&rsquo;abandonner pour le bénéficiaire de l&rsquo;aide sociale : les principes n&rsquo;ont pas deux poids et deux mesures selon le compte en banque de celui qu&rsquo;on surveille.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Car c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit, au fond. Un État qui commence à considérer ses citoyens comme des fraudeurs jusqu&rsquo;à preuve du contraire a déjà changé de nature. Et un État qui délègue à des détectives privés le soin d&rsquo;espionner ses citoyens franchit une ligne que le libéralisme, depuis Constant et Tocqueville, s&rsquo;est précisément constitué pour défendre : celle qui protège l&rsquo;individu contre l&rsquo;arbitraire, d&rsquo;où qu&rsquo;il vienne. La solidarité et la liberté ne s&rsquo;opposent pas. Elles se tiennent. Un CPAS incarne la première ; il ne peut pas être l&rsquo;instrument qui abîme la seconde.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Lutter contre la fraude, oui — sérieusement, avec des institutions solides, des données fiables et le respect du droit. Améliorer nos bases de données, renforcer nos inspections, coopérer entre administrations : voilà le vrai chantier. Mais transformer nos centres publics d&rsquo;action sociale en agences de renseignement, non. Sur ce point, la position de Raphaël Szuma n&rsquo;est pas un caprice local : c&rsquo;est la boussole libérale. Je la partage entièrement.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:list -->
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.rtbf.be/article/gouvernement-federal-les-cpas-pourront-engager-des-detectives-pour-lutter-contre-la-fraude-sociale-11753000" target="_blank" rel="noreferrer noopener">RTBF — Les CPAS pourront engager des détectives pour lutter contre la fraude sociale</a></li>
<li><a href="https://news.belgium.be/fr/possibilite-de-recherche-privee-dans-le-cadre-de-lenquete-sociale-des-cpas" target="_blank" rel="noreferrer noopener">News.belgium — Possibilité de recherche privée dans le cadre de l&rsquo;enquête sociale des CPAS</a></li>
<li><a href="https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2026/07/06/des-detectives-prives-payes-par-les-cpas-pour-reperer-les-fraudeurs-qui-cohabitent-sans-le-dire-ou-qui-ont-une-maison-a-letranger-MRQ3PKK6QJCMXKEZH4LWN4XBFA/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La Libre — Des détectives privés payés par les CPAS ?</a></li>
<li><a href="https://www.vrt.be/vrtnws/fr/2019/01/18/le-cpas-d_anvers-ne-peut-plus-avoir-recours-a-des-detectives-pri/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">VRT (2019) — Le CPAS d&rsquo;Anvers ne peut plus avoir recours à des détectives privés</a></li>
</ul>
<!-- /wp:list -->
<p>&nbsp;</p>
<p>
</div></div></div></div></div></div><script id="script-row-unique-2" data-row="script-row-unique-2" type="text/javascript" class="vc_controls">UNCODE.initRow(document.getElementById("row-unique-2"));</script></div></div></div></div><p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/fraude-sociale-fraude-fiscale-un-citoyen-nest-pas-un-suspect-par-defaut/">Fraude sociale, fraude fiscale : un citoyen n&rsquo;est pas un suspect par défaut</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La désinformation n&#8217;a plus besoin de nous tromper : il lui suffit de nous saturer</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/la-desinformation-na-plus-besoin-de-nous-tromper-il-lui-suffit-de-nous-saturer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jul 2026 11:58:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Citoyenneté numérique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mathieumichel.be/?p=133556</guid>

					<description><![CDATA[<p>La désinformation ne cherche plus à tromper, mais à saturer. La réponse n'est ni la censure ni le laisser-faire : réguler l'amplification.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/la-desinformation-na-plus-besoin-de-nous-tromper-il-lui-suffit-de-nous-saturer/">La désinformation n&rsquo;a plus besoin de nous tromper : il lui suffit de nous saturer</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="wpb-content-wrapper"><div data-parent="true" class="vc_row row-container" id="row-unique-3"><div class="row limit-width row-parent"><div class="wpb_row row-inner"><div class="wpb_column pos-top pos-center align_left column_parent col-lg-12 single-internal-gutter"><div class="uncol style-light"  ><div class="uncoltable"><div class="uncell no-block-padding" ><div class="uncont" ><div class="uncode_text_column" ><p>Nous avons tous en tête une certaine image de la désinformation : un faux, une rumeur, un mensonge qu&rsquo;il faudrait démentir. Cette image est rassurante, parce qu&rsquo;elle suppose une solution simple : opposer le vrai au faux. Mais elle ne correspond plus à ce qui se passe réellement, et cet écart entre notre représentation et la réalité est en train de nous coûter cher.</p>
<p>Lors des élections hongroises d&rsquo;avril 2026, selon les éléments disponibles, des campagnes domestiques massives portées par des contenus générés par intelligence artificielle ont été diffusées à très grande échelle sur les réseaux sociaux. Le fait notable, souligné par les observateurs, est que leur efficacité ne tenait pas à leur capacité à tromper l&rsquo;internaute. Elle tenait à leur volume, à leur omniprésence, à leur manière de jouer sur les émotions. Ce déplacement mérite qu&rsquo;on s&rsquo;y arrête, car il change tout.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2 class="wp-block-heading">Du mensonge à la saturation</h2>
<p>La désinformation classique voulait faire croire quelque chose de faux. Elle avait donc un point faible : on pouvait la vérifier, la contredire, la corriger. Le fact-checking, cette patiente entreprise de vérification, était la réponse adaptée à cette menace-là.</p>
<p>Mais la mécanique a changé de nature. Ce qui opère aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est plus principalement la tromperie ; c&rsquo;est la saturation. Une intelligence artificielle produit mille variantes d&rsquo;un message pendant qu&rsquo;on en vérifie une seule. Le but n&rsquo;est plus tant de convaincre que d&rsquo;inonder, de créer un environnement où tout est contesté, où chaque affirmation trouve son contraire, où la distinction entre le vrai et le faux s&rsquo;épuise à force d&rsquo;être sollicitée.</p>
<p>Et le résultat n&rsquo;est pas que les gens croient au faux. C&rsquo;est qu&rsquo;ils finissent par ne plus rien croire du tout. C&rsquo;est cela, le vrai danger. Hannah Arendt l&rsquo;avait pressenti en analysant les régimes totalitaires : le propre de leur propagande n&rsquo;était pas de faire adhérer à un mensonge précis, mais de détruire la capacité même de distinguer le vrai du faux, jusqu&rsquo;à ce que les gens, ne sachant plus à quoi se fier, ne se fient plus qu&rsquo;à leur camp. Un citoyen qui ne croit plus rien ne délibère plus. Il ne pèse plus les arguments : il choisit par affinité tribale, par appartenance, par réflexe. Et une démocratie où l&rsquo;on ne délibère plus, où l&rsquo;on ne fait qu&rsquo;appartenir, a perdu ce qui la faisait tenir.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2 class="wp-block-heading">Le faux débat : censure contre laisser-faire</h2>
<p>Face à cela, on nous présente deux options, et toutes deux sont mauvaises. La première serait la censure : confier à quelqu&rsquo;un le soin de trier les contenus, d&rsquo;effacer les faux, d&rsquo;autoriser les vrais. Outre qu&rsquo;elle est techniquement illusoire à l&rsquo;échelle des flux, elle est démocratiquement dangereuse : qui tranchera, et au nom de quoi ?</p>
<p class="wp-block-paragraph">La seconde serait le laisser-faire : ne rien toucher, au nom de la liberté d&rsquo;expression, et espérer que le marché des idées s&rsquo;autorégule. Mais un marché saturé artificiellement n&rsquo;a plus rien d&rsquo;un marché libre.</p>
<p>Ce partage entre censure et laisser-faire est un piège, parce qu&rsquo;il fixe le regard au mauvais endroit : sur le contenu. Or ce n&rsquo;est pas la publication d&rsquo;un message qui pose problème, chacun a le droit de dire des choses fausses, c&rsquo;est même une liberté que je défends. Ce qui pose problème, c&rsquo;est l&rsquo;amplification : le fait qu&rsquo;un message marginal soit poussé, dupliqué, distribué à des millions de personnes par une mécanique algorithmique. La liberté d&rsquo;expression protège le droit de parler. Elle n&rsquo;a jamais garanti le droit d&rsquo;être artificiellement amplifié.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2 class="wp-block-heading">Réguler l&rsquo;amplification, former les esprits</h2>
<p>De ce déplacement du regard découle ma première proposition. La régulation efficace ne doit pas porter sur les contenus, mais sur leur amplification. Concrètement : imposer aux très grandes plateformes, une traçabilité auditée de l&rsquo;amplification générée par leurs algorithmes. Que l&rsquo;on puisse savoir, sous le contrôle d&rsquo;une autorité indépendante, ce qui a été poussé, vers combien de personnes, selon quels critères. Non pour censurer les messages, mais pour rendre visible la mécanique qui les démultiplie. La transparence de l&rsquo;amplification est une exigence démocratique, pas une atteinte à la liberté d&rsquo;expression, elle en est même la condition, car une liberté d&rsquo;expression où quelques-uns disposent d&rsquo;une amplification invisible n&rsquo;est plus égale.</p>
<p>Mais aucune régulation ne suffira si elle est seule. D&rsquo;où ma seconde proposition, qui me tient particulièrement à cœur : investir massivement dans l&rsquo;éducation à la citoyenneté numérique. C&rsquo;est la seule défense qui ne dépende ni du bon vouloir des plateformes, ni de la rapidité des régulateurs, parce qu&rsquo;elle est logée là où aucun algorithme ne peut l&rsquo;atteindre — dans le jugement des personnes. Former des esprits capables de reconnaître une manipulation, de suspendre leur réaction, de vérifier avant de partager, c&rsquo;est bâtir une résilience durable plutôt que de courir sans fin derrière les mensonges.</p>
<p>Car au fond, on ne protège pas une démocratie en corrigeant des mensonges un à un — c&rsquo;est un combat perdu d&rsquo;avance contre une machine qui en produit mille pour chaque correction. On la protège en formant des citoyens capables de les repérer eux-mêmes. La vérité ne se décrète pas d&rsquo;en haut ; elle se cultive, patiemment, dans les esprits. C&rsquo;est plus lent, c&rsquo;est moins spectaculaire, mais c&rsquo;est la seule voie qui tienne.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>
<p>&nbsp;</p>
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.touteleurope.eu/vie-politique-des-etats-membres/tiktok-ia-faux-comptes-le-mode-d-emploi-des-nouvelles-manipulations-electorales-en-europe/" target="_blank" rel="noopener">TikTok, IA, faux comptes : le mode d&#8217;emploi des nouvelles manipulations électorales en Europe — Toute l&rsquo;Europe</a></li>
<li><a href="https://centredecrise.be/fr/risques-en-belgique/risques-pour-la-securite/desinformation/desinformation-et-influence-pendant-les" target="_blank" rel="noopener">Désinformation et influence pendant les élections — Centre de crise national (Belgique)</a></li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
<p>
</div></div></div></div></div></div><script id="script-row-unique-3" data-row="script-row-unique-3" type="text/javascript" class="vc_controls">UNCODE.initRow(document.getElementById("row-unique-3"));</script></div></div></div></div><p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/la-desinformation-na-plus-besoin-de-nous-tromper-il-lui-suffit-de-nous-saturer/">La désinformation n&rsquo;a plus besoin de nous tromper : il lui suffit de nous saturer</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
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		<title>Les enfants, les écrans et nous : sortir du tout ou rien</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/les-enfants-les-ecrans-et-nous-sortir-du-tout-ou-rien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Jul 2026 10:59:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Citoyenneté numérique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mathieumichel.be/?p=133564</guid>

					<description><![CDATA[<p>Australie, France, Grèce interdisent les réseaux sociaux aux mineurs. Sortir du faux débat interdire ou laisser faire.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Une vague d&rsquo;interdictions à travers le monde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quelque chose est en train de basculer. Le 10 décembre 2025, l&rsquo;Australie est devenue le premier pays à interdire l&rsquo;accès des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. TikTok, Instagram, Snapchat : fermés aux adolescents, avec obligation pour les plateformes de vérifier l&rsquo;âge de leurs utilisateurs. Le monde entier a regardé cette expérience, à la fois fasciné et inquiet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Europe n&rsquo;est pas restée immobile. En France, le 31 mars 2026, le Sénat a approuvé une interdiction des réseaux sociaux jugés susceptibles de nuire aux moins de 15 ans, sur la base d&rsquo;une liste établie par le ministre, applicable dès la rentrée de septembre 2026. Le 8 avril 2026, la Grèce a annoncé à son tour une interdiction pour les moins de 15 ans, effective au 1er janvier 2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces décisions ne tombent pas du ciel. Elles répondent à une inquiétude réelle, largement partagée par les parents, les enseignants, les soignants. Nous avons tous vu un enfant happé par un écran, incapable de s&rsquo;en détacher, le regard aspiré. Nous avons tous senti que quelque chose ne tournait pas rond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Commission européenne doit présenter à la fin de l&rsquo;été 2026 une approche d&rsquo;harmonisation. C&rsquo;est une bonne nouvelle : sur un marché unique, une mosaïque de règles nationales serait ingérable et facilement contournable. Des experts, de leur côté, recommandent souvent une interdiction avant treize ans, suivie d&rsquo;un accès progressif et accompagné.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je veux prendre ce moment au sérieux. Non pour applaudir mécaniquement chaque interdiction, ni pour les rejeter par principe. Mais pour poser la vraie question, qui n&rsquo;est pas seulement à partir de quel âge, mais dans quelles conditions, et avec quelle part de responsabilité pour chacun.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;attention des enfants, une ressource convoitée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre, il faut nommer ce qui est réellement en jeu. Les réseaux sociaux ne sont pas de simples fenêtres sur le monde. Ce sont des systèmes économiques dont le carburant est notre attention. Plus nous y restons, plus ils gagnent. Leur conception n&rsquo;est pas neutre : défilement infini, notifications, récompenses variables, tout y est pensé pour retenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;économie de l&rsquo;attention, décrite dès la fin des années 1990 par des chercheurs comme Michael Goldhaber, repose sur une idée simple : dans un monde saturé d&rsquo;informations, la ressource rare n&rsquo;est plus l&rsquo;information, c&rsquo;est l&rsquo;attention humaine. Elle devient la marchandise. Or l&rsquo;attention d&rsquo;un enfant est plus facile à capter, et plus précieuse à façonner, que celle d&rsquo;un adulte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que je veux être précis, car c&rsquo;est le cœur de mon engagement. Ce qui se joue n&rsquo;est pas seulement une question de temps d&rsquo;écran. C&rsquo;est une question d&rsquo;intégrité cognitive. Le cerveau d&rsquo;un enfant est en construction. Sa capacité à se concentrer, à s&rsquo;ennuyer, à laisser mûrir une pensée, tout cela se forme. Le confier sans précaution à des machines conçues pour fragmenter son attention n&rsquo;est pas anodin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne dis pas cela pour diaboliser la technologie. Je la crois, à bien des égards, formidable. Mais je pense qu&rsquo;il faut la traiter avec le sérieux qu&rsquo;on accorde à ce qui entre profondément dans nos vies. On ne laisse pas un enfant conduire une voiture, non parce que la voiture est mauvaise, mais parce qu&rsquo;elle est puissante. Le même bon sens vaut ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comprendre avant de juger, encore une fois. L&rsquo;enfant qui ne décroche pas d&rsquo;un écran n&rsquo;est pas paresseux ou mal élevé. Il est confronté à des dispositifs conçus par des ingénieurs très compétents pour être irrésistibles. Lui demander de résister seul, c&rsquo;est truquer le combat. La responsabilité ne peut pas peser sur ses seules épaules, ni sur celles de ses parents laissés isolés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d&rsquo;ailleurs une hypocrisie collective qu&rsquo;il faut nommer. Nous, adultes, sommes nous-mêmes captés par ces mêmes mécaniques. Nous consultons nos écrans des dizaines de fois par jour, souvent sans même nous en rendre compte. Comment exiger d&rsquo;un enfant une maîtrise que nous peinons nous-mêmes à exercer ? La question des écrans n&rsquo;est pas seulement une question d&rsquo;enfants ; c&rsquo;est une question de société qui s&rsquo;est laissé organiser autour de la captation permanente de son attention. Regarder nos enfants, c&rsquo;est un peu nous regarder nous-mêmes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le faux débat : interdire ou laisser faire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le débat public s&rsquo;enferme trop souvent dans une alternative pauvre. D&rsquo;un côté, ceux qui veulent tout interdire, persuadés qu&rsquo;un mur suffira à protéger l&rsquo;enfance. De l&rsquo;autre, ceux qui invoquent la liberté et refusent toute règle, quitte à laisser les enfants seuls face à la machine. Ces deux positions me paraissent des impasses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;interdiction pure a une vertu, celle de la clarté, et un vice, celui de l&rsquo;illusion. Un adolescent déterminé contournera une interdiction en quelques minutes. Surtout, l&rsquo;interdiction risque de déresponsabiliser tout le monde : les plateformes, qui n&rsquo;ont plus qu&rsquo;à cocher une case d&rsquo;âge ; les adultes, qui se disent que la loi s&rsquo;occupe du problème à leur place. Interdire peut devenir une façon de ne pas éduquer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le laisser-faire, à l&rsquo;inverse, n&rsquo;est pas de la liberté. C&rsquo;est un abandon. Prétendre qu&rsquo;un enfant de dix ans est un consommateur autonome capable de faire ses choix face à des systèmes optimisés pour le retenir, c&rsquo;est se moquer du monde. La vraie liberté suppose des conditions. On ne devient pas libre en étant livré sans défense à plus fort que soi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a un troisième chemin, et c&rsquo;est celui que je défends. Ni interdiction réflexe, ni démission des adultes. Un chemin qui agit sur trois plans à la fois : sur les plateformes, à qui l&rsquo;on impose des devoirs ; sur l&rsquo;accès, que l&rsquo;on encadre intelligemment ; sur les personnes, que l&rsquo;on éduque et que l&rsquo;on accompagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais je veux aussi poser une limite ferme, car un danger se cache dans les solutions trop simples. Vérifier l&rsquo;âge des utilisateurs ne doit jamais devenir un prétexte à une surveillance généralisée. Si, pour prouver qu&rsquo;un enfant a moins de quinze ans, on oblige chacun à décliner son identité complète à chaque connexion, alors on aura protégé les enfants en instaurant le fichage de tous. Le remède serait pire que le mal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà le vrai clivage. Il n&rsquo;est pas entre ceux qui veulent protéger et ceux qui veulent la liberté. Il est entre ceux qui acceptent d&rsquo;échanger la vie privée de tous contre la sécurité de quelques-uns, et ceux qui cherchent des solutions qui protègent sans surveiller. Je suis, sans hésiter, du côté de ceux-là.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Prouver son âge sans se dévoiler : trois exigences</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Je veux sortir de l&rsquo;incantation et poser des propositions concrètes. Trois me paraissent décisives. La première : une vérification d&rsquo;âge respectueuse de la vie privée. La technologie permet aujourd&rsquo;hui de prouver qu&rsquo;une personne a plus ou moins d&rsquo;un certain âge sans révéler son identité, sa date de naissance exacte ou son adresse. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle la preuve d&rsquo;âge, distincte de l&rsquo;identification. Un jeton anonyme, délivré par un tiers de confiance, qui atteste seulement de la tranche d&rsquo;âge. Ni la plateforme ni l&rsquo;État ne collectent un fichier des identités. C&rsquo;est techniquement possible, et c&rsquo;est la seule voie acceptable pour un libéral attaché aux libertés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième : un design éthique imposé aux plateformes. Puisque le problème vient largement de la conception addictive des services, c&rsquo;est là qu&rsquo;il faut agir. Interdire les mécaniques les plus prédatrices pour les comptes de mineurs : pas de défilement infini par défaut, pas de notifications nocturnes, pas de récompenses conçues pour créer la dépendance. On régule bien la composition des aliments pour enfants et la sécurité des jouets. On peut réguler la conception des interfaces qui s&rsquo;adressent à eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième : une éducation aux médias dès le primaire. Aucune règle technique ne remplacera un enfant qui comprend comment fonctionne ce qu&rsquo;il utilise. Lui apprendre tôt ce qu&rsquo;est un algorithme de recommandation, pourquoi une application cherche à le retenir, comment reconnaître une manipulation, c&rsquo;est lui rendre du pouvoir. C&rsquo;est un combat que je porte à travers l&rsquo;éducation à la citoyenneté numérique, parce qu&rsquo;une génération qui comprend ses outils est une génération plus libre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois aussi qu&rsquo;il faut refuser un piège dans lequel le débat s&rsquo;enferme parfois : celui qui consiste à opposer les nations les plus prudentes aux plus laxistes, ou à croire qu&rsquo;un pays réglera seul un problème mondial. C&rsquo;est pourquoi je regarde avec intérêt le travail d&rsquo;harmonisation annoncé par la Commission européenne pour la fin de l&rsquo;été. Une réponse fragmentée, où chaque État poserait sa propre limite d&rsquo;âge et ses propres règles, serait à la fois inefficace et facilement contournable. L&rsquo;échelle du problème est européenne ; la réponse doit l&rsquo;être aussi. C&rsquo;est à ce niveau que nous pouvons imposer nos exigences aux grandes plateformes, plutôt que de les subir une à une.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces trois leviers se complètent. La vérification protège l&rsquo;accès sans fliquer. Le design éthique désarme la machine à la source. L&rsquo;éducation forme des citoyens capables de se gouverner. Aucun ne suffit seul. Ensemble, ils dessinent une réponse à la hauteur. Je veux dire aussi un mot du rôle de l&rsquo;école, qui ne peut pas tout, mais qui peut beaucoup. C&rsquo;est souvent le seul lieu où tous les enfants, quel que soit leur milieu, peuvent recevoir les mêmes repères. Là où certaines familles accompagnent déjà finement les usages numériques, d&rsquo;autres n&rsquo;en ont ni le temps ni les moyens. L&rsquo;éducation aux médias à l&rsquo;école est donc aussi une question d&rsquo;égalité : elle évite que la maîtrise des outils numériques ne devienne un privilège de plus, réservé à ceux qui sont déjà les mieux armés. Protéger l&rsquo;enfance, c&rsquo;est aussi ne laisser aucun enfant seul face à l&rsquo;écran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je conclus par ce qui m&rsquo;anime. Nous, les adultes, ne pouvons pas nous défausser sur une loi ni sur un âge minimum pour régler notre relation aux écrans et à ceux de nos enfants. La protection de l&rsquo;enfance est un devoir partagé : celui du législateur, qui pose des règles ; celui des plateformes, qui doivent des comptes ; celui des parents et des éducateurs, que nous devons soutenir plutôt que culpabiliser. Sortir du tout ou rien, ce n&rsquo;est pas être tiède. C&rsquo;est refuser les fausses simplicités pour affronter le réel. Nos enfants méritent mieux qu&rsquo;un slogan.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.touteleurope.eu/societe/mineurs-et-reseaux-sociaux-quels-pays-europeens-comptent-imposer-un-age-minimum/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Touteleurope — quels pays imposent un âge minimum</a></li>
<li><a href="https://theconversation.com/laustralie-interdit-les-reseaux-sociaux-aux-moins-de-16-ans-un-modele-bientot-suivi-par-dautres-pays-271774" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The Conversation — l&rsquo;Australie interdit aux moins de 16 ans</a></li>
<li><a href="https://www.touteleurope.eu/societe/pourquoi-l-interdiction-des-reseaux-sociaux-aux-moins-de-15-ans-voulue-par-la-france-est-un-casse-tete-europeen/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Touteleurope — un casse-tête européen</a></li>
</ul>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;IA : ni l&#8217;interdire, ni la subir</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/lia-ni-linterdire-ni-la-subir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Jun 2026 09:42:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mathieumichel.be/?p=133561</guid>

					<description><![CDATA[<p>L'AI Act franchit une étape clé le 2 août 2026. Réguler l'IA comme le médicament : non pour freiner, mais pour rendre la confiance possible.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/lia-ni-linterdire-ni-la-subir/">L&rsquo;IA : ni l&rsquo;interdire, ni la subir</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="wpb-content-wrapper"><div data-parent="true" class="vc_row row-container" id="row-unique-4"><div class="row limit-width row-parent"><div class="wpb_row row-inner"><div class="wpb_column pos-top pos-center align_left column_parent col-lg-12 single-internal-gutter"><div class="uncol style-light"  ><div class="uncoltable"><div class="uncell no-block-padding" ><div class="uncont" ><div class="uncode_text_column" ><h2 class="wp-block-heading">Deux dates, deux directions</h2>
<p style="font-weight: 400;">Retenons deux dates. La première : le 2 août 2026. Ce jour-là, l’AI Act entre dans une phase clé. La Commission européenne obtient des pouvoirs d’exécution sur les modèles d’IA à usage général, ceux qui font tourner les grands systèmes que nous utilisons tous. Les manquements pourront être sanctionnés par des amendes atteignant 35 millions d’euros. Et les obligations de transparence de l’article 50 s’appliquent pleinement : les contenus générés par l’IA devront être marqués, les deepfakes signalés.</p>
<p style="font-weight: 400;">La seconde date : le 16 juin 2026. Ce jour-là, le Parlement européen a approuvé, par 423 voix contre 57, un texte appelé Digital Omnibus. Sous ce nom se cache un report : les obligations pesant sur les systèmes d’IA à haut risque sont décalées de douze à seize mois. En revanche — et c’est essentiel — les obligations sur les grands modèles et sur la transparence restent, elles, applicables au 2 août 2026.</p>
<p style="font-weight: 400;">Deux dates, deux directions. D’un côté, l’Europe se dote enfin d’outils pour faire respecter ses règles. De l’autre, elle en repousse une partie, sous la pression de ceux qui jugent la régulation trop lourde. Ce grand écart mérite qu’on s’y arrête, sans caricature. Mais je veux poser d’emblée une idée que toute cette tribune va défendre : là où l’on ne voit qu’une contrainte, il y a en réalité un gisement d’innovation. Chaque obligation de transparence est un cahier des charges adressé à nos entreprises. Et certaines, déjà, y répondent.</p>
<p style="font-weight: 400;">Car la tentation est grande de lire cette actualité à travers un seul prisme : l’Europe régulerait trop, elle étoufferait son industrie, elle prendrait du retard sur les États-Unis et la Chine. Ce récit est puissant. Il est aussi, en grande partie, trompeur. Prenons le temps de comprendre avant de juger.</p>
<p style="font-weight: 400;">Un mot, d’abord, pour rassurer et pour situer. L’AI Act ne cherche pas à interdire l’intelligence artificielle, ni même à la ralentir. Il classe les usages selon leur risque et concentre ses exigences sur les cas où l’erreur coûte cher : la santé, la justice, l’emploi, la sécurité. Un logiciel de recommandation musicale n’est pas traité comme un système qui décide de l’accès à un crédit ou à un soin. Cette gradation est le cœur du texte, et c’est aussi ce que l’on oublie le plus souvent quand on le caricature en machine à interdire.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>La leçon du médicament et de l’automobile</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Il existe une manière simple de penser la régulation d’une technologie qui entre dans la vie des gens. On l’a déjà fait, plusieurs fois, avec succès. Prenez le médicament. Personne, aujourd’hui, ne réclame le droit de vendre une molécule sans essais cliniques, sans notice, sans contrôle. Cette exigence n’a pas tué l’industrie pharmaceutique. Elle a rendu possible la confiance sans laquelle aucun patient ne prendrait un comprimé.</p>
<p style="font-weight: 400;">Prenez l’automobile. Ceintures, freins, crash-tests, normes d’émission : autant de contraintes qui, à chaque étape, ont été dénoncées comme des freins au progrès. L’histoire a tranché. La voiture ne s’est pas arrêtée de rouler. Elle est devenue plus sûre, et c’est cette sûreté qui a permis sa diffusion massive. Mieux : la norme a fait naître des industries entières. Le crash-test a créé des équipementiers, des laboratoires, des métiers. La contrainte de sécurité n’a pas seulement protégé le passager ; elle a fait travailler des ingénieurs. La régulation n’a pas été l’ennemie de l’innovation : elle en a été la commande.</p>
<p style="font-weight: 400;">On pourrait multiplier les exemples : l’aviation, l’alimentation, les jouets pour enfants, les produits chimiques. Chaque fois, le même schéma se répète. Une technologie apparaît, prodigieuse et incontrôlée. Des accidents surviennent. La société exige des règles. Les industriels crient à l’étouffement. Puis les règles s’installent, la confiance revient, et le marché, loin de s’effondrer, s’élargit — en même temps qu’émerge tout un écosystème de solutions pour respecter la règle. Réguler n’a jamais consisté à punir le progrès. Réguler, c’est civiliser une puissance nouvelle pour qu’elle tienne dans une société d’hommes libres.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’intelligence artificielle appartient à cette catégorie de technologies qui entrent profondément dans nos vies : nos décisions, nos emplois, notre information, bientôt nos jugements. Il est donc naturel, et non liberticide, de lui appliquer la même logique. Réguler l’IA, ce n’est pas se méfier du progrès. C’est vouloir un progrès dans lequel on peut avoir confiance.</p>
<p style="font-weight: 400;">Cette prudence a une racine philosophique que j’assume. Hans Jonas, dans <em>Le Principe responsabilité</em> (1979), a formulé une idée simple et forte : face à des technologies dont nous ne maîtrisons pas toutes les conséquences, la responsabilité commande d’agir avec précaution, pour ne pas compromettre les conditions d’une vie humaine digne. Ce n’est pas de la peur. C’est de la lucidité.</p>
<p style="font-weight: 400;">Mais — et je pèse mes mots — la précaution ne doit jamais devenir un prétexte à l’immobilisme. L’interdiction réflexe, celle qui refuse une technologie par principe, est aussi dangereuse que le laisser-faire. Entre les deux, il y a le chemin étroit et exigeant de la régulation intelligente. C’est celui que je choisis. Et ce chemin a un débouché concret : il appelle des solutions, des outils, des entreprises.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Le faux débat : innovation contre régulation</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Le débat public sur l’IA est prisonnier d’une opposition paresseuse : d’un côté les innovateurs, de l’autre les régulateurs, comme si l’on devait choisir son camp. Cette opposition est fausse. Les meilleures innovations naissent souvent dans des cadres clairs, parce que la clarté rassure les investisseurs, les utilisateurs et les citoyens — et parce que la règle, en créant un besoin, crée un marché.</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est ici qu’il faut cesser de penser la transparence comme une charge, et commencer à la voir comme une frontière technologique. L’article 50 demande que l’on sache reconnaître un contenu généré par une machine. Or savoir distinguer le vrai du fabriqué est devenu, en soi, l’un des défis d’ingénierie les plus difficiles de la décennie. Répondre à cette exigence, ce n’est pas cocher une case de conformité : c’est bâtir une capacité stratégique dont dépendront demain nos démocraties, nos médias, nos banques, nos administrations.</p>
<p style="font-weight: 400;">Et cette capacité, des acteurs européens la construisent déjà. Je pense à des solutions comme UncovAI, qui développe des outils de détection « forensique » des contenus synthétiques — texte, image, son, vidéo — et de repérage des deepfakes en temps réel, jusqu’au cœur des applications de visioconférence et de messagerie où circule l’information. Là où d’autres promettent de générer toujours plus de faux, ces entreprises apprennent aux machines à reconnaître le faux. Elles proposent leurs moteurs en interface programmable ou en déploiement souverain, sur les serveurs mêmes de leurs clients, pour que la vérification n’oblige pas à céder ses données. Voilà, très concrètement, à quoi ressemble une industrie de la confiance. Voilà ce que la régulation, loin de l’étouffer, fait éclore.</p>
<p style="font-weight: 400;">Il ne s’agit pas de faire la promotion d’une société plutôt qu’une autre. Il s’agit de comprendre un mécanisme : l’obligation de marquer et de signaler les contenus IA ouvre un marché de la détection, de la provenance, de la traçabilité, du filigrane cryptographique, de l’authentification des médias. Ce marché-là, l’Europe a tout pour le gagner, parce qu’il repose précisément sur ce qu’elle sait faire de mieux — des exigences élevées, un droit protecteur, une culture de la preuve. La demande de transparence est notre demande. Autant qu’elle profite à nos entreprises.</p>
<p style="font-weight: 400;">Ce qui menace vraiment l’Europe, ce n’est donc pas d’avoir des règles. C’est d’avoir des règles instables. Le Digital Omnibus, en repoussant certaines obligations, envoie un signal ambigu. On peut le comprendre : les entreprises, notamment les plus petites, réclament du temps pour se mettre en conformité. Mais le report a un coût caché, et il est double. Il fragilise la crédibilité de l’édifice — une règle sans cesse repoussée finit par n’être plus une règle. Et il coupe l’herbe sous le pied de ceux qui investissent, aujourd’hui, pour rendre la transparence possible. Car pourquoi financer un moteur de détection si l’obligation qui le rend nécessaire peut, à tout moment, sauter ? En repoussant la règle, on ne soulage pas seulement les retardataires : on décourage les pionniers.</p>
<p style="font-weight: 400;">Je veux nommer précisément le danger : le détricotage. C’est le mouvement par lequel, sous prétexte de compétitivité, on démonte pièce par pièce des protections durement acquises. Le problème, c’est qu’on recule sur la protection des citoyens sans, pour autant, gagner la course à l’innovation. On perd sur les deux tableaux. On affaiblit les droits, on décourage les entreprises de confiance, et l’on ne rattrape personne.</p>
<p style="font-weight: 400;">Car soyons honnêtes : ce ne sont pas les obligations de transparence qui empêchent l’Europe d’avoir ses géants technologiques. Les causes sont ailleurs — fragmentation des marchés, accès au capital, énergie, formation. Faire de la régulation le bouc émissaire de nos retards, c’est se tromper de diagnostic, et donc de remède. Pire : c’est saborder l’un des rares domaines où nous avons une longueur d’avance, celui des technologies de la confiance.</p>
<p style="font-weight: 400;">Ce diagnostic erroné a un coût politique. À force de désigner la protection des citoyens comme responsable de nos difficultés, on finit par retourner l’opinion contre ses propres garanties. C’est un piège. On affaiblit les droits, on n’attire pas les investisseurs, et l’on nourrit le sentiment que l’Europe ne sait que contraindre. La vérité est plus simple et plus exigeante : nos retards se corrigent en investissant, pas en renonçant.</p>
<p style="font-weight: 400;">Il faut au contraire distinguer ce qui doit tenir de ce qui peut être aménagé. La transparence et le marquage des contenus doivent tenir : ce sont des droits fondamentaux du citoyen à savoir quand il parle à une machine et quand une image est fabriquée. En revanche, les modalités de mise en conformité, les délais techniques, l’accompagnement des petites entreprises : tout cela peut et doit être adapté. On ne protège pas les droits en les reportant. On les protège en aidant à les respecter — et en soutenant celles et ceux qui inventent les outils pour le faire.</p>
<p style="font-weight: 400;">Il y a d’ailleurs un paradoxe que les partisans du détricotage préfèrent taire. La confiance est un avantage compétitif. Un continent capable de garantir que ses systèmes d’IA sont loyaux, transparents, contrôlables, offre à ses entreprises un label de qualité recherché partout dans le monde. Les citoyens, les patients, les consommateurs veulent des outils auxquels ils peuvent se fier. En bradant nos exigences, nous ne gagnerions pas la course : nous abandonnerions le seul terrain sur lequel l’Europe peut réellement se distinguer, celui d’une technologie au service de l’humain.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Tenir la transparence, accompagner les PME, soutenir les solutions</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Voici, concrètement, la ligne que je défends. Elle tient en trois mouvements complémentaires : ne rien lâcher sur la transparence, tout donner sur l’accompagnement, et miser sur l’innovation de confiance.</p>
<p style="font-weight: 400;">Premier mouvement : maintenir fermement la transparence et le marquage des contenus générés par l’IA. À l’heure des deepfakes, savoir si une vidéo, une voix, une image sont réelles ou fabriquées n’est pas un luxe. C’est une condition de la vie démocratique. Un citoyen qui ne peut plus distinguer le vrai du faux n’est plus un citoyen libre : il est un citoyen manipulable. Le marquage des contenus IA est à l’information ce que l’étiquetage est à l’alimentation. On ne le négocie pas.</p>
<p style="font-weight: 400;">Deuxième mouvement : accompagner nos PME au lieu de reporter les droits. Beaucoup de petites entreprises redoutent la mise en conformité, non par mauvaise volonté, mais par manque de moyens et d’expertise. La bonne réponse n’est pas de suspendre les protections des citoyens. C’est d’aider les entreprises à s’y conformer : guides clairs, guichets d’accompagnement, modèles de documentation, soutien technique, délais raisonnables assortis d’un vrai appui. On ne choisit pas entre le citoyen et l’entrepreneur. On aide l’entrepreneur à protéger le citoyen.</p>
<p style="font-weight: 400;">Troisième mouvement : faire de la conformité un marché, et de nos solutions une filière. La transparence exigée par la loi crée un besoin ; à nous de faire en sorte que ce besoin soit servi par des acteurs européens plutôt que par des sous-traitants étrangers. Cela veut dire soutenir, par la commande publique et l’investissement, les entreprises qui développent la détection de deepfakes, la traçabilité des contenus, l’authentification des médias, le filigrane cryptographique. Des solutions comme celle d’UncovAI montrent que l’Europe n’est pas condamnée à subir les faux : elle peut produire les outils qui les démasquent. Le régulateur trace la ligne ; l’ingénieur construit le moyen de la tenir. Une administration qui vérifie l’authenticité des pièces qu’elle reçoit, un média qui certifie ses images, une banque qui déjoue une arnaque à la voix clonée : ce ne sont pas des fantasmes, ce sont des débouchés. Faisons de l’obligation de transparence la rampe de lancement d’une industrie européenne de la vérité.</p>
<p style="font-weight: 400;">Je connais le tissu de nos petites entreprises. Elles n’ont pas de service juridique, pas d’armée de consultants, souvent pas même une personne dédiée au numérique. Leur demander de déchiffrer seules un règlement européen, c’est les condamner à l’inquiétude ou à l’à-peu-près. L’État, l’Europe, les fédérations professionnelles ont ici un devoir : traduire la règle en gestes concrets, fournir des outils prêts à l’emploi, mutualiser l’expertise. La conformité ne doit pas être un privilège de grands groupes. Elle doit être à la portée de l’artisan comme du géant. C’est une question de justice autant que d’efficacité — et c’est aussi ainsi que l’on solvabilise un marché pour nos jeunes pousses.</p>
<p style="font-weight: 400;">Cette approche a un nom : la régulation qui rend capable. Elle ne se contente pas d’interdire ; elle donne les moyens de bien faire, et elle appelle les solutions qui les incarnent. C’est, à mes yeux, la traduction pratique d’un libéralisme responsable — ni la naïveté du laisser-faire, ni la brutalité de l’interdiction, mais l’exigence d’un cadre juste, stable et applicable, adossé à une industrie de la confiance.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’intelligence artificielle sera ce que nous en ferons. Nous pouvons la subir, en laissant d’autres écrire les règles à notre place. Nous pouvons la craindre, en la bridant au point de nous en priver. Ou nous pouvons la civiliser, comme nous avons civilisé le médicament et l’automobile : en exigeant qu’elle mérite notre confiance, et en armant ceux qui construisent les outils de cette confiance. Ni l’interdire, ni la subir. La rendre digne de nous.</p>
<p><!-- /wp:post-content --> </p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>
<p><!-- /wp:heading --> </p>
<!-- wp:list -->
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://ai-act-service-desk.ec.europa.eu/en/ai-act/timeline/timeline-implementation-eu-ai-act" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Commission européenne — calendrier de l&rsquo;AI Act</a></li>
<li><a href="https://www.digitalapplied.com/blog/eu-ai-act-august-2026-transparency-obligations-agency-checklist" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Digital Applied — ce qui s&rsquo;applique en août 2026</a></li>
<li><a href="https://www.wenvision.com/fr/articles/ai-act-report-echeance-aout-2026-systemes-ia-haut-risque/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">WEnvision — report de l&rsquo;échéance haut risque</a></li>
<li><a href="https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/guidelines-gpai-providers" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Commission européenne — guidelines fournisseurs GPAI</a></li>
</ul>
<p><!-- /wp:list --> </p>
<p>
</div></div></div></div></div></div><script id="script-row-unique-4" data-row="script-row-unique-4" type="text/javascript" class="vc_controls">UNCODE.initRow(document.getElementById("row-unique-4"));</script></div></div></div></div><p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/lia-ni-linterdire-ni-la-subir/">L&rsquo;IA : ni l&rsquo;interdire, ni la subir</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
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		<item>
		<title>Le vrai prix de l&#8217;énergie : rendre la facture lisible</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/le-vrai-prix-de-lenergie-rendre-la-facture-lisible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Jun 2026 09:37:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Libéralisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.mathieumichel.be/?p=133572</guid>

					<description><![CDATA[<p>Kilowattheure à 0,35 euro, 29 % de coûts de réseau : pourquoi rendre la facture d'énergie lisible est une question de pouvoir d'achat et de liberté du consommateur.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/le-vrai-prix-de-lenergie-rendre-la-facture-lisible/">Le vrai prix de l&rsquo;énergie : rendre la facture lisible</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="wpb-content-wrapper"><div data-parent="true" class="vc_row row-container" id="row-unique-5"><div class="row limit-width row-parent"><div class="wpb_row row-inner"><div class="wpb_column pos-top pos-center align_left column_parent col-lg-12 single-internal-gutter"><div class="uncol style-light"  ><div class="uncoltable"><div class="uncell no-block-padding" ><div class="uncont" ><div class="uncode_text_column" ><h2 class="wp-block-heading">Avril 2026 : la facture qui s&rsquo;envole sans qu&rsquo;on sache pourquoi</h2>
<!-- /wp:post-content -->
<p><!-- wp:paragraph -->Il y a une expérience que beaucoup de Belges ont vécue cette année. Ouvrir sa facture d&rsquo;énergie, constater qu&rsquo;elle a grimpé, et ne pas comprendre pourquoi. En avril 2026, dans le sillage de la crise liée à l&rsquo;Iran, la seule composante énergie a bondi de plus de 20 % par rapport au mois de mars. Sur la facture totale, cela représente environ 8 % de hausse. Une hausse concrète, qui pèse sur des budgets déjà serrés.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Ces variations ne sortent pas de nulle part. Elles sont le reflet des marchés mondiaux, des tensions géopolitiques, du prix du gaz qui entraîne celui de l&rsquo;électricité. Un événement à l&rsquo;autre bout du monde se répercute, quelques semaines plus tard, sur la facture d&rsquo;un ménage à Charleroi ou à Namur. Mais pour le citoyen, tout cela reste abstrait. Ce qu&rsquo;il voit, c&rsquo;est un montant qui augmente, sans explication claire, et un sentiment d&rsquo;impuissance qui s&rsquo;installe.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Regardons les niveaux. Début 2026, le prix moyen du kilowattheure d&rsquo;électricité tourne autour de 0,35 euro, en léger recul après le pic de 0,37 euro de 2025. Une accalmie, donc, mais à un niveau qui reste élevé pour beaucoup de ménages, et qui pèse tout particulièrement sur les plus modestes, pour qui l&rsquo;énergie représente une part démesurée du budget.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Derrière ces moyennes, il y a des situations très différentes. Un ménage qui se chauffe à l&rsquo;électricité, une famille nombreuse, une personne âgée qui reste chez elle toute la journée : aucun ne vit la même facture. La moyenne masque les vulnérabilités. C&rsquo;est pourquoi un chiffre national, même exact, ne suffit jamais : il faut aussi regarder qui paie quoi, et pourquoi certains ménages basculent dans la précarité énergétique quand d&rsquo;autres absorbent la hausse sans même y penser. Le pouvoir d&rsquo;achat, c&rsquo;est d&rsquo;abord une réalité concrète, foyer par foyer.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Et il y a une donnée qui, à elle seule, mérite d&rsquo;être connue de tous : selon la CREG, le régulateur, les coûts de réseau représentent en moyenne 29 % de la facture. Près d&rsquo;un tiers de ce que vous payez ne correspond ni à l&rsquo;énergie que vous consommez, ni à la marge de votre fournisseur, mais au transport et à la distribution de cette énergie. Le savez-vous ? La plupart des gens l&rsquo;ignorent. Et c&rsquo;est précisément le problème.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Cette méconnaissance n&rsquo;est pas anodine. Quand on ignore d&rsquo;où vient sa facture, on ne peut ni agir sur elle, ni participer sereinement au débat public sur l&rsquo;énergie. On se retrouve à commenter des prix dont on ne connaît pas la structure. La transparence, ici, n&rsquo;est pas un luxe de technicien : c&rsquo;est la première condition pour que le citoyen redevienne acteur, et non simple payeur.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Comment la facture est devenue illisible</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Cette opacité n&rsquo;est pas un accident. Elle est le produit d&rsquo;une histoire. La libéralisation du marché de l&rsquo;énergie, engagée dans les années 2000, visait un objectif juste : casser les monopoles, faire jouer la concurrence, faire baisser les prix par le choix du consommateur. Sur le principe, j&rsquo;y adhère pleinement. La liberté de choisir son fournisseur est un progrès réel par rapport au monopole d&rsquo;autrefois.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Mais un marché ne fonctionne que si l&rsquo;acheteur comprend ce qu&rsquo;il achète. Or, au fil du temps, la facture d&rsquo;énergie s&rsquo;est chargée de couches successives : composante énergie, coûts de réseau, prélèvements, taxes, cotisations diverses, tarifs variables indexés sur des indices que presque personne ne sait lire. Chaque strate avait sa logique propre. Leur addition a fini par rendre l&rsquo;ensemble illisible, y compris pour des citoyens attentifs et de bonne volonté.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Le résultat est paradoxal. On a donné aux citoyens la liberté de choisir leur fournisseur, mais on ne leur a pas donné les moyens de comparer réellement les offres. Comment choisir en connaissance de cause quand on ne comprend ni la structure de sa facture, ni ce qui, dedans, dépend vraiment du fournisseur et ce qui n&rsquo;en dépend pas ? La liberté sans l&rsquo;information n&rsquo;est qu&rsquo;une liberté de façade.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Adam Smith, dès La Richesse des nations en 1776, rappelait qu&rsquo;un marché efficace repose sur l&rsquo;information des acheteurs autant que sur la concurrence des vendeurs. Sans transparence, la concurrence tourne à vide. C&rsquo;est exactement ce que nous observons dans l&rsquo;énergie : un marché nominalement ouvert, mais où l&rsquo;asymétrie d&rsquo;information affaiblit systématiquement le consommateur face à des acteurs qui, eux, maîtrisent parfaitement les rouages.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Il faut ajouter que cette complexité profite rarement au citoyen. Quand une offre est incompréhensible, c&rsquo;est presque toujours celui qui la propose qui garde l&rsquo;avantage, pas celui qui la subit. Je ne prête d&rsquo;intention malveillante à personne : cette situation est le fruit d&rsquo;une sédimentation, pas d&rsquo;un complot. Mais le constat reste le même, et il appelle une correction.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Je le dis donc sans esprit polémique. Personne n&rsquo;a voulu délibérément embrouiller les citoyens. Mais nous avons collectivement laissé se construire un système où l&rsquo;information la plus utile est aussi la plus difficile à trouver. Ce qui a été construit par accumulation peut être simplifié par volonté politique.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Le faux débat du marché contre la protection</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Quand on parle de mieux encadrer les factures d&rsquo;énergie, un vieux débat resurgit. D&rsquo;un côté, les partisans du marché, qui craignent que toute règle nouvelle vienne le brider. De l&rsquo;autre, les partisans de la protection, qui voudraient encadrer les prix, quitte à revenir sur la libéralisation. Je crois que cette opposition est un faux dilemme, et qu&rsquo;elle nous fait perdre un temps précieux.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Car la transparence n&rsquo;est pas l&rsquo;ennemie du marché : elle en est la condition. Un consommateur qui comprend sa facture est un consommateur qui peut faire jouer la concurrence, changer de fournisseur, arbitrer entre les offres. Loin d&rsquo;entraver le marché, l&rsquo;information le rend enfin réel et le pousse à mieux fonctionner. En tant que libéral, je ne vois aucune contradiction à défendre à la fois la liberté de choix et l&rsquo;exigence de clarté ; l&rsquo;une renforce l&rsquo;autre.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Protéger le consommateur, ce n&rsquo;est donc pas nécessairement fixer les prix par décret, avec tous les effets pervers que cela comporte : pénuries, découragement de l&rsquo;investissement, distorsions durables. C&rsquo;est d&rsquo;abord lui donner les moyens de se défendre lui-même : une information claire, comparable, honnête. La meilleure protection dans un marché, ce n&rsquo;est pas un prix administré : c&rsquo;est un citoyen qui comprend ce qu&rsquo;il achète et qui peut voter avec son portefeuille.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Le vrai clivage n&rsquo;est pas marché contre protection. Il est entre un marché opaque, où le consommateur subit, et un marché transparent, où le consommateur décide. C&rsquo;est ce second modèle que je défends, parce qu&rsquo;il concilie l&rsquo;efficacité économique et le respect du citoyen, sans sacrifier l&rsquo;un à l&rsquo;autre.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Je veux dire un mot à ceux que la libéralisation a déçus, et ils sont nombreux. Leur déception est compréhensible : on leur avait promis des prix plus bas, ils ont surtout hérité de factures plus complexes. Mais la réponse n&rsquo;est pas de revenir en arrière, vers le monopole d&rsquo;hier et ses rigidités. Elle est d&rsquo;achever la libéralisation en la rendant enfin loyale : un marché où la concurrence profite vraiment au consommateur, parce qu&rsquo;il peut, pour la première fois, comparer en connaissance de cause. Ce n&rsquo;est pas moins de marché qu&rsquo;il nous faut, c&rsquo;est un meilleur marché.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->C&rsquo;est dans cet esprit que je salue le vote du 17 juin 2026, en commission de l&rsquo;Énergie de la Chambre, de mesures destinées à rendre les factures plus lisibles et les prix plus transparents. Mesures prises sous l&rsquo;impulsion du Ministre Mathieu Bihet, notre « atomic boy » national.</p>
<p>C&rsquo;est une avancée réelle, et je m&rsquo;en réjouis. Mais je crois qu&rsquo;il faut en faire un point de départ, pas un aboutissement. Le travail de simplification ne fait que commencer.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Une facture standardisée, comparable et honnête</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p><!-- wp:paragraph -->Concrètement, que défendre pour aller plus loin ? Quatre exigences simples, qui tiennent ensemble et se complètent.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->D&rsquo;abord, une facture standardisée et comparable. Toutes les factures devraient présenter les mêmes composantes, dans le même ordre, avec le même vocabulaire. Comparer deux offres devrait être aussi simple que comparer deux étiquettes au supermarché. Aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est pas le cas : chaque fournisseur présente les choses à sa manière, ce qui décourage la comparaison. Cela peut changer, et c&rsquo;est à la portée du législateur.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Ensuite, la transparence des composantes. Chaque citoyen devrait voir, noir sur blanc, ce qui relève de l&rsquo;énergie qu&rsquo;il consomme, des coûts de réseau, des taxes et des prélèvements. Savoir que près de 29 % de sa facture vient du réseau change le regard qu&rsquo;on porte sur elle, et sur les débats publics qui l&rsquo;entourent. Une information juste désamorce beaucoup de fausses querelles et de raccourcis trompeurs.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Troisièmement, l&rsquo;information proactive. Il ne suffit pas que l&rsquo;information existe quelque part, en petits caractères au dos d&rsquo;un courrier. Le fournisseur devrait alerter clairement son client en cas de hausse significative, et lui rappeler régulièrement son droit de comparer et de changer d&rsquo;offre. L&rsquo;information utile est celle qui vient vers le citoyen, pas celle qu&rsquo;il faut aller déterrer. C&rsquo;est un renversement de logique : au service de comprendre, pas de dissuader.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Enfin, la stabilité réglementaire. Les investissements dans l&rsquo;énergie, dans les réseaux, dans la production décarbonée, se décident sur des décennies. Ils ont besoin d&rsquo;un cadre prévisible. Multiplier les revirements découragerait les investissements dont dépend, à terme, le prix que nous paierons tous. Transparence pour le consommateur et stabilité pour l&rsquo;investisseur ne s&rsquo;opposent pas : elles se complètent, et servent le même objectif d&rsquo;une énergie plus abordable et plus sûre.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p><!-- wp:paragraph -->Au fond, ma conviction est simple. Le pouvoir d&rsquo;achat ne se joue pas seulement sur le montant des prix, sur lequel un petit pays comme le nôtre a une prise limitée. Il se joue aussi sur la lisibilité de ce que nous payons, sur laquelle nous avons, elle, tout pouvoir d&rsquo;agir. Rendre la facture lisible, c&rsquo;est rendre au citoyen une part de sa liberté. C&rsquo;est un chantier modeste en apparence. Il est, en réalité, profondément politique.</p>
<!-- /wp:paragraph -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:heading -->
<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>
<!-- /wp:heading -->
<p>&nbsp;</p>
<!-- wp:list -->
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.creg.be/fr/actualites/prix-de-lenergie-pour-les-menages-constatations-avril-2026" target="_blank" rel="noreferrer noopener">CREG — prix de l&rsquo;énergie pour les ménages, avril 2026</a></li>
<li><a href="https://www.test-achats.be/maison-energie/gaz-electricite-mazout-pellets/news/evolution-prix-energie-1kwh" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Testachats — évolution des tarifs de l&rsquo;énergie en 2026</a></li>
<li><a href="https://www.test-achats.be/maison-energie/gaz-electricite-mazout-pellets/news/belgique-nouvelle-regle-facture-energie-plus-transparente" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Testachats — nouvelles règles pour des factures plus transparentes</a></li>
</ul>
<!-- /wp:list -->
<p>&nbsp;</p>
<p>
</div></div></div></div></div></div><script id="script-row-unique-5" data-row="script-row-unique-5" type="text/javascript" class="vc_controls">UNCODE.initRow(document.getElementById("row-unique-5"));</script></div></div></div></div><p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/le-vrai-prix-de-lenergie-rendre-la-facture-lisible/">Le vrai prix de l&rsquo;énergie : rendre la facture lisible</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>270 organisations belges compromises : la cybersécurité n&#8217;est pas une charge, c&#8217;est une condition de souveraineté</title>
		<link>https://www.mathieumichel.be/270-organisations-belges-compromises-la-cybersecurite-nest-pas-une-charge-cest-une-condition-de-souverainete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu Michel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jun 2026 11:12:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cybersécurité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'attaque FortiBleed a compromis 270 organisations belges via un fournisseur. La cybersécurité n'est pas une charge, c'est une condition.</p>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/270-organisations-belges-compromises-la-cybersecurite-nest-pas-une-charge-cest-une-condition-de-souverainete/">270 organisations belges compromises : la cybersécurité n&rsquo;est pas une charge, c&rsquo;est une condition de souveraineté</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="chapo wp-block-paragraph"><em>Sur l&rsquo;opération « FortiBleed » et la nouvelle géographie des attaques</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une attaque informatique se raconte rarement comme un événement. Elle n&rsquo;a pas d&rsquo;image forte, pas de bruit, pas de fumée. Et pourtant, ce qui s&rsquo;est produit ce printemps en Belgique mérite d&rsquo;être regardé en face, parce qu&rsquo;il dessine une menace d&rsquo;un genre nouveau — plus discrète, plus profonde, et plus difficile à parer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon les éléments disponibles, au moins 270 organisations belges — administrations locales, cabinets d&rsquo;avocats, établissements d&rsquo;enseignement — ont été victimes d&rsquo;une opération baptisée « FortiBleed », lancée en février 2026 et attribuée à un groupe russe. À l&rsquo;échelle mondiale, plus de 110 millions d&rsquo;identifiants d&rsquo;accès ont été compromis, touchant plus de 75 000 pare-feux. Fin juin 2026, l&rsquo;attaque était décrite comme toujours en cours. Le Centre pour la Cybersécurité Belgique en a été notifié.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qui change : on n&rsquo;attaque plus la porte, on attaque le serrurier</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le détail décisif de cette affaire n&rsquo;est pas le nombre de victimes. C&rsquo;est le mode opératoire. FortiBleed ne visait pas directement les 270 organisations touchées. L&rsquo;attaque a ciblé le portail partenaires d&rsquo;un fabricant de pare-feu, c&rsquo;est-à-dire un fournisseur. En obtenant les identifiants de milliers de prestataires informatiques, les attaquants ont pu accéder non pas à une organisation, mais à des réseaux entiers de clients.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;image la plus juste est celle du serrurier. On ne force plus chaque porte l&rsquo;une après l&rsquo;autre. On s&rsquo;introduit chez celui qui détient les clés de tout un quartier, et l&rsquo;on ouvre ensuite chaque porte sans effort. Une seule compromission chez un intégrateur ouvre l&rsquo;accès à tous ceux qui lui font confiance. C&rsquo;est un changement de nature, pas de degré : la vulnérabilité d&rsquo;une organisation ne dépend plus seulement de ce qu&rsquo;elle fait elle-même, mais de la solidité de tous ceux à qui elle est reliée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le contexte n&rsquo;est pas rassurant. En 2025, le CCB avait enregistré 635 notifications d&rsquo;incidents, soit une hausse d&rsquo;environ 70 % en un an, dont 556 incidents cyber confirmés. La courbe monte, et la surface d&rsquo;attaque s&rsquo;élargit à mesure que nos infrastructures s&rsquo;interconnectent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">NIS2 n&rsquo;est pas une formalité, c&rsquo;est une cartographie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réalité invalide une posture encore trop répandue : celle qui consiste à traiter la directive NIS2 comme une contrainte administrative de plus, une liste de cases à cocher pour être en règle. FortiBleed montre exactement pourquoi cette lecture est fausse. Ce que NIS2 impose — la maîtrise et la surveillance de la chaîne d&rsquo;approvisionnement, la capacité à savoir de qui l&rsquo;on dépend — n&rsquo;est pas une bureaucratie. C&rsquo;est la réponse directe à la menace que cette attaque incarne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Connaître sa chaîne de sous-traitance logicielle, savoir quels prestataires ont accès à quels systèmes, être capable de réagir vite quand l&rsquo;un d&rsquo;eux est compromis : ce ne sont pas des exigences tatillonnes, ce sont les gestes élémentaires de sécurité à l&rsquo;âge de l&rsquo;interdépendance. Une organisation qui ignore de qui elle dépend ne peut pas se protéger, tout simplement parce qu&rsquo;elle ne sait pas où sont ses portes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le faux débat : conformité contre compétitivité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On oppose souvent la sécurité et la performance, comme si sécuriser revenait à ralentir, et se conformer à s&rsquo;alourdir. Ce partage est une erreur, et FortiBleed le démontre cruellement. Une PME wallonne qui perd ses données parce que son prestataire informatique s&rsquo;est fait voler ses identifiants n&rsquo;est ni plus compétitive ni plus conforme : elle est simplement à l&rsquo;arrêt. Ses commandes ne partent plus, ses clients ne sont plus servis, sa réputation est atteinte. La cybersécurité n&rsquo;est pas ce qui freine l&rsquo;activité ; l&rsquo;insécurité est ce qui la stoppe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut donc renverser la formule. La cybersécurité n&rsquo;est pas une charge qui pèserait sur la compétitivité. Elle en est une condition. Un tissu économique sûr est un tissu économique fiable, et la fiabilité est un avantage concurrentiel, surtout dans un continent qui veut faire de la confiance numérique une marque de fabrique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et au-delà de l&rsquo;économie, il y a la souveraineté. Un État qui ne sait pas qui détient les clés de ses administrations, de ses hôpitaux, de ses écoles, n&rsquo;est pas maître de lui-même. La cybersécurité rejoint ici la question de la souveraineté numérique : dans les deux cas, il s&rsquo;agit de savoir de qui l&rsquo;on dépend, et de garder la capacité de décider malgré cette dépendance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux propositions concrètes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Je propose deux mesures qui ne relèvent pas de l&rsquo;incantation. La première : conditionner l&rsquo;accès aux marchés publics belges à une attestation d&rsquo;audit de la chaîne de sous-traitance logicielle. Un fournisseur qui veut travailler pour l&rsquo;État doit pouvoir démontrer qu&rsquo;il connaît et maîtrise ses propres dépendances. C&rsquo;est exigeant, mais c&rsquo;est le seul moyen de ne pas importer, avec un prestataire, toutes les vulnérabilités de ses propres prestataires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde : doter le CCB des moyens d&rsquo;une notification proactive. Aujourd&rsquo;hui, trop d&rsquo;organisations découvrent qu&rsquo;elles ont été touchées longtemps après l&rsquo;attaque, parfois par la presse. Un centre national de cybersécurité doit pouvoir prévenir les entités concernées dès qu&rsquo;il identifie une compromission qui les vise, plutôt que de les laisser se découvrir victimes. La rapidité de l&rsquo;alerte est, dans ce domaine, une part essentielle de la protection.</p>



<p class="wp-block-paragraph">FortiBleed passera, comme passent les incidents. Mais la leçon, elle, doit rester. La souveraineté numérique ne commence pas par de grands discours ; elle commence par une chose modeste et décisive : savoir qui détient les clés de nos portes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sources</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.lalibre.be/economie/digital/2026/06/23/au-moins-270-organisations-belges-victimes-dune-cyberattaque-toujours-en-cours-53W5XOGCG5GYJMIZT4FMV5NRCM/" target="_blank" rel="noopener">Au moins 270 organisations belges victimes d&rsquo;une cyberattaque toujours en cours — La Libre, 23 juin 2026</a></li>
<li><a href="https://www.lavenir.net/actu/belgique/2026/06/23/au-moins-270-organisations-belges-victimes-dune-cyberattaque-russe-contre-un-fabricant-de-pare-feu-INE4DT3J3NATTJBYAISXVKUFWM/" target="_blank" rel="noopener">Au moins 270 organisations belges victimes d&rsquo;une cyberattaque russe contre un fabricant de pare-feu — L&rsquo;Avenir, 23 juin 2026</a></li>
<li><a href="https://ccb.belgium.be/cert/first-port-call-event-cyberattack" target="_blank" rel="noopener">First port of call in the event of a cyberattack — Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB)</a></li>
</ul>
<p>L’article <a href="https://www.mathieumichel.be/270-organisations-belges-compromises-la-cybersecurite-nest-pas-une-charge-cest-une-condition-de-souverainete/">270 organisations belges compromises : la cybersécurité n&rsquo;est pas une charge, c&rsquo;est une condition de souveraineté</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.mathieumichel.be">Mathieu Michel</a>.</p>
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